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Jean-Luc Burger - La paix, un enjeu pour demain

Vers une nouvelle civilisation et une nouvelle économie

La paix constitue l’un des plus grands enjeux du XXIᵉ siècle. Dans un monde marqué par le retour de la guerre, la multiplication des tensions, les rivalités entre puissances, les fractures sociales et les bouleversements climatiques, elle ne peut plus être considérée comme un simple idéal. Elle devient une nécessité politique, économique, sociale et civilisationnelle.

Notre époque connaît une transformation profonde. La mondialisation a rapproché les peuples et rendu les économies interdépendantes, mais elle a également révélé de nouvelles vulnérabilités. Une guerre peut désormais produire des conséquences bien au-delà de ses frontières : hausse des prix de l’énergie, perturbation des approvisionnements alimentaires, déplacements de populations, instabilité économique et tensions politiques.

À ces crises s’ajoutent le changement climatique, l’épuisement des ressources, les migrations, les inégalités et la révolution numérique. L’intelligence artificielle transforme à son tour le travail, l’information, les rapports de pouvoir et notre manière même de penser l’avenir.

Une question fondamentale se pose alors : peut-on construire la paix de demain avec les modèles qui ont contribué aux déséquilibres d’aujourd’hui ?

La réponse impose probablement de dépasser la seule gestion des conflits. Il ne suffit plus de mettre fin aux guerres ; il faut également agir sur les conditions susceptibles de les favoriser : pauvreté, exclusion, humiliation, injustices, absence de perspectives, compétition pour les ressources, fractures identitaires et affaiblissement de la confiance.

La paix doit devenir un véritable projet de civilisation.

Une nouvelle civilisation pourrait ainsi progressivement émerger, davantage fondée sur la dignité humaine, la reconnaissance de l’autre, le respect des différences, la responsabilité et la coopération. Il ne s’agirait pas d’effacer les identités, les cultures ou les nations, mais d’apprendre à organiser leur coexistence dans un monde profondément interdépendant.

Cette évolution suppose également de repenser notre modèle économique. L’économie demeure indispensable à la création de richesses, au progrès et à l’amélioration des conditions de vie. Mais la recherche de performance ne peut constituer son unique finalité. Lorsqu’une partie importante de la population demeure durablement à l’écart de la prospérité, les frustrations, les fractures et les tensions peuvent s’accroître.

L’enjeu est donc de construire une économie plus inclusive, solidaire, responsable et durable, capable de concilier création de richesse, justice sociale et préservation de la planète.

L’entreprise elle-même peut devenir davantage qu’un simple acteur économique. Par l’emploi, la formation, l’innovation, l’inclusion et un partage plus équilibré de la valeur, elle contribue à la cohésion des sociétés. L’économie peut ainsi devenir non seulement un instrument de prospérité, mais également un facteur de stabilité et de paix.

Cette nouvelle économie devra intégrer les limites de la planète. Le climat, l’eau, la biodiversité, l’énergie et l’accès aux ressources deviennent progressivement des enjeux de sécurité collective. Préserver l’environnement, c’est aussi prévenir certaines tensions et certains conflits de demain.

Mais aucune transformation économique ou institutionnelle ne pourra suffire sans une évolution culturelle. Il faudra apprendre à mieux reconnaître l’autre, à dialoguer malgré les différences et à transmettre une véritable culture de paix. L’éducation, la culture, les religions et les spiritualités, les sciences, les arts et les médias ont, dans cette perspective, un rôle essentiel à jouer.

La paix du XXIᵉ siècle doit ainsi être pensée comme une architecture globale, reliant l’être humain, l’économie, la société, la planète et les relations internationales.

Une orientation pourrait guider cette transformation : passer progressivement d’une civilisation principalement organisée autour de la compétition à une civilisation donnant davantage de place à la coopération ; d’une économie génératrice d’exclusions à une économie de l’inclusion ; d’une logique de domination à une logique de reconnaissance ; d’une exploitation sans limites à une responsabilité envers les générations futures.

Il ne s’agit pas d’imaginer un monde sans conflits. Les divergences d’intérêts, les oppositions et les rivalités continueront d’exister. Le véritable enjeu consiste à construire les institutions, les cultures et les mécanismes permettant de gérer ces différences sans qu’elles conduisent nécessairement à la violence.

La paix de demain ne sera donc pas seulement diplomatique ou militaire. Elle sera aussi sociale, économique, écologique, culturelle et humaine. Elle nécessitera une nouvelle manière de produire, de partager, d’éduquer, de gouverner et de vivre ensemble.

Le XXIᵉ siècle se trouve ainsi devant un choix majeur : poursuivre les logiques de fragmentation et de confrontation ou construire progressivement une civilisation fondée sur la reconnaissance, la responsabilité, la coopération et la solidarité.

Les grands défis contemporains — climat, pauvreté, migrations, ressources, technologies, inégalités — montrent qu’aucune société ne peut désormais penser durablement sa sécurité et sa prospérité indépendamment des autres. Dans un monde interdépendant, la sécurité de chacun dépend, pour une part croissante, de la sécurité de tous.

La paix ne doit donc plus seulement être recherchée lorsque la guerre éclate. Elle doit se construire en amont, dans nos institutions, nos économies, nos entreprises, nos écoles, nos cultures et nos relations avec les autres.

La paix est plus qu’un enjeu pour demain : elle peut devenir le projet d’une nouvelle civilisation.

Une civilisation dans laquelle la dignité humaine constituerait le fondement, la reconnaissance de l’autre une exigence, la responsabilité un principe, la coopération un moyen d’action et la paix une finalité commune.

Ainsi comprise, la paix ne serait plus seulement un idéal à préserver ou un état à retrouver après les conflits. Elle deviendrait le socle d’un nouveau projet de civilisation pour le XXIᵉ siècle.

 

Ce thème fera l’objet d’un ouvrage actuellement en préparation, dont la publication est prévue avant la fin de l’année 2026.

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