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Jean-Luc Burger - Le dialogue des cultures

Les premières civilisations connues nous laissant des documents écrits gravés sur l’argile se trouvent en Mésopotamie et en Egypte. D’autres traces sont connues, les plus vieux ancêtres de l’homme ont plus de 4 millions d’années. Ils viendraient de l’Afrique, berceau de l’humanité.

En Occident, les Etrusques restent une énigme, leur langue est encore incomprise. Vers 800 ans avant J.C., ils ont développé en Italie une civilisation la plus évoluée du monde occidental, et dont les Romains se sont inspirés.

La persécution des Chrétiens est-elle à l’origine du déclin de l’empire romain gouverné par des empereurs dits « décadents » qui priorisaient les plaisirs, les jeux du cirque mettant en œuvre la mise à mort de milliers de chrétiens.

Plus tard, l’Occident et l’Orient vont-ils être un choc des civilisations ou une complémentarité culturelle ?

 

Entre Occident et Orient

L’Occident recouvre quatre ensembles : l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique latine et la Russie. Ces ensembles ont plusieurs éléments communs tels que la race blanche, les « traditions chrétiennes » et l’origine culturelle européenne. Dans leur dialogue avec l’Afrique noire, avec la Chine ou avec l’Inde, ces quatre ensembles n’adoptent pas les mêmes attitudes, qui sont parfois même opposées.

Les Etats-Unis sont plus matérialistes et plus idéalistes-moralistes que l’Europe et que l’Amérique latine. Cette dernière ne connaît pas de problèmes raciaux mais des problèmes de développement éducatif et industriel ainsi que des problèmes d’injustice sociale. Quant à l’Europe, elle est pionnière dans le fait de regorger les richesses potentielles en matière première et en espace.

L’ Orient recouvre le monde arabe et l’Asie. Il est, par ailleurs, difficile de trouver un dénominateur commun aux problèmes de la Chine et du Japon. Rappelons que Hegel et les philosophes du XIX ème siècle se sont occupés de la problématique « Est-Ouest ». Cette problématique a deux inconvénients majeurs : tout d’abord, elle survole le monde arabe qui est plus occidental qu’oriental par ses traditions et ses échanges tout en formant un monde en soi ; ensuite, cette problématique néglige totalement l’Afrique noire. Alors, nous ne pouvons pas parler de dialogue s’il s’agit des régions bien distinctes des continents trop vastes et des nations trop petites[1]

Du côté de l’Asie, la pensée chinoise a proposé une conception du monde à la fois cohérente et convaincante, qui a contribué à la formation et au dynamisme de l’une des civilisations les plus brillantes de l’histoire de l’humanité et de la culture la plus ancienne de toutes celles qui subsistent de nos jours. Si la Chine et l’Occident ont parfois été opposés d’une manière simpliste – oubliant au passage, le reste de l’Asie et les autres continents -, il est vrai que le monde sinisé possède pour l’Europe un statut particulier : pendant des millénaires, il a été la seule civilisation majeure à se développer presque indépendamment de la culture européenne.

En Chine, les corps célestes pesaient lourds dans les vies des anciens Chinois. Ils ont joué un rôle crucial dans l’histoire politique, la mythologie et la religion. Des premiers témoignages écrits à la première rencontre de la Chine avec l’Occident, la compréhension du ciel a été un objectif primordial. On accordait une grande importance aux phénomènes qui s’écartaient de la norme mais les astronomes négligeaient pas d’observer l’état habituel du ciel, c’est-à-dire la position et le mouvement des étoiles.

 

La carte de Dunhuang est l'une des premières représentations graphiques                                                                                                                                                                    e.                                                                                                                                                                                              

Jusqu’au XVIe siècle, le civilisation chinoise était très en avance sur celle de l’Europe. Quesnay le dit avec force et le philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626), recensant dans son Novum Organium les diverses nouveautés capables de faire progresser les sociétés, reconnaît à la Chine une avance de plusieurs siècles sur l’Europe dans des domaines divers : l’invention de la poudre, de l’imprimerie ou de l’aimant, sans parler des explosifs ou de la porcelaine. On sait aussi que le premier livre imprimé au monde en 868 est la traduction chinoise d’un traité indien, le « Soutra du diamant », soit six siècles avant la Bible de Gutenberg (1460).

En Afrique, sous le ciel immense de l'Afrique de l'Ouest, les Dogons ont bâti une mythologie complexe qui tente une explication de l'univers et propose une interprétation de ses phénomènes visibles et invisibles.

En pays des Indiens d'Amériques, l'homme, quelque fois a trouvé des éléments de réponse chez l'animal. L'exemple de l'aigle est significatif. Il représente la sagesse, l'autorité et le pouvoir, le courage. Ses plumes sont souvent utilisées dans des rituels. La Constitution des Chefs du Grand Conseil des Indiens a servi l’inspiration des Pères Fondateurs des USA. 

En Australie, la première présence humaine sur le continent remonterait à 50 000 ans avant JC. Premiers hommes à avoir occupé le sol australien, les Aborigènes ont bénéficié pendant longtemps de l’immensité de l’espace pour se protéger de tout contact avec les autres peuples

 

Aujourd’hui …

La culture est en perpétuel mouvement, évoluant à travers le temps et l’espace, s’adaptant aux circonstances de son époque. Chaque culture se nourrit ainsi des différentes perspectives apportées par cette vaste accumulation de connaissances. La diversité culturelle est donc la ressource renouvelable par excellence de l’humanité et des sociétés. Aujourd’hui encore, la valorisation de la diversité et la promotion des cultures au sein de nos sociétés apparaissent comme des impératifs. Nous vivons dans un univers désormais mondialisé, et la diversité culturelle est bien présente dans les musiques que nous écoutons, les cuisines que nous dégustons, etc. Qui oserait dire qu’il ne s’agit pas d’une richesse ?

La véritable nature de l’homme est la totalité des relations humaines. Les couleurs sont destinées à se mêler, dans un arc en ciel riche et non pas dans la grisaille.

Point n’est besoin de faire le constat que partout l’être humain naît, meurt, souffre, aime, invente, parle, fabrique des outils, élabore des systèmes de croyances et d’interprétation du monde, exprime dans toutes les formes d’art son besoin de se représenter. Que, partout aussi, le rapport à l’autre à la fois individuel et collectif est au centre de l’humanité qu’il se décline positivement dans les registres individuels et collectifs du désir, de l’amour, de toutes les formes d’attachements familiaux et amicaux, dans le lien social et les solidarités qui le traversent ou négativement dans le conflit, la haine, la rivalité, l’agression, la guerre.

La diversité est souvent perçue comme une disparité, une variation, une pluralité, c’est-à-dire, le contraire de l’uniformité et de l’homogénéité. Dans son sens premier et littéral, la diversité culturelle référerait simplement à la multiplicité des cultures ou des identités culturelles[2].

Peut-on admettre que les valeurs d’égalité entre les sexes ne soient pas respectées ? La violence à l’égard des femmes ne se limite pas à une culture, région ou pays en particulier, ni à des groupes. 

La plupart des religions ne seraient-elles pas misogynes ? Des justifications souvent apportées par des textes religieux affirment que la femme est tout d’abord séductrice, tentatrice et qu’il est nécessaire de protéger les hommes – en la couvrant, en la cachant et en la punissant si elle commet une faute. Dans la plupart des textes anciens, la religion de la femme est définie comme «un culte de la fertilité». Ce terme n’est-il pas révélateur des attitudes adoptées face à la sexualité par les différentes religions. Pourtant l'archéologie et l'histoire fournissent des preuves de l'existence d'une divinité féminine, créatrice et ordonnatrice de l'univers, maîtresse de la destinée humaine, inventrice, guérisseuse, chasseresse et combattante courageuse, autant de preuves qui indiqueraient que le terme « culte de la fertilité » ne serait qu'une simplification d'une structure théologique complexe.

L’histoire des hommes reflète parfois des modes de vie et des cultures tellement différents d’un peuple à l’autre que l’on peut se demander si, dans ce cas, ce qui sépare les hommes n’est pas plus important que ce qui les rassemble et les réunit dans une appartenance commune à l’humanité. Ainsi les guerres entre les hommes sont souvent déclenchées ou alimentées par des croyances religieuses différentes. Pourtant, c’est aussi la différence culturelle qui nourrit notre intérêt pour l’autre et donne envie d’aller à sa rencontre.

En Occident, les racines de la culture que l’on peut appeler les sciences ne se sont-elles pas nourries d’autres apports : inventions chinoises, de mathématiques arabes ou indiennes ou du patrimoine gréco-romain tel qu’il a été préservé dans l’est de l’Asie (comme les traductions de textes classiques oubliés, retraduits en latin plus tard.

 

La notion de diversité culturelle

En 1952, Alfred Kroeber et Clyde Kluckhohn ont écrit une liste de plus de 200 différentes définitions du mot culture dans leur livre Culture: a critical review of concepts and definitions. L’idée même de diversité culturelle recouvre des réalités et des positions contradictoires.

Dans la notion de diversité culturelle, la rencontre est fondamentale. L’autre, le différent, est à la fois objet de curiosité, d’attrait, de désir mais aussi de crainte. La notion de diversité culturelle a probablement trouvé sa source au moment des rencontres de cultures différentes.

En Occident, les origines des explications des différences du monde humain remonteraient au XVIIIe siècle. C’est alors que naît une discipline scientifique, l’anthropologie, qui se penche sur la place de l’homme dans la nature. On observe les hommes, on les compare, on s’interroge sur l’unité du corps et de l’âme. L’esprit n’est plus ou peu évoqué.

Les grands naturalistes du XVIIIe siècle, Lamarck et Buffon, auteur de la célèbre Histoire naturelle (1749-1789), donnaient une explication matérialiste des différences humaines, les critères de classification devinrent rapidement hautement subjectifs.

La notion de culture est complexe et a été définie de multiples façons. Elle peut être un ensemble d’informations qui affectent le comportement des individus appartenant à une culture particulière. Ces informations, qui incluent les idées, les connaissances, les croyances, les valeurs, les compétences et les attitudes, sont acquises par l’enseignement ou par toute forme de transmission. La notion de culture est aussi trop vague pour faire l'unanimité. Les cultures ou plus précisément la diversité des cultures et des civilisations sont une donnée fondamentale du développement harmonieux, à condition qu’elles s’inscrivent dans le partage de valeurs universelles.

 

La mosaïque inspirée du tableau de Norman Rockwell « La règle d'or », représente   des personnes de  toutes  origines. 

 

L'anthropologue anglais du XIXe s., E.B. Tylor, définit la culture comme étant « un tout complexe qui inclut les connaissances, les croyances, l'art, le droit, la morale, les coutumes, et toutes les autres aptitudes et habitudes qu'acquiert l'homme en tant que membre d'une société »[3]. Tylor, qui a effectué des travaux sur le terrain au Mexique, a maintenu une vision évolutive du développement de la culture et de la religion.

En France comme dans d’autres pays, la culture renvoie à l’idée de création, d’œuvre d’art et donc de patrimoine. Le sens allemand est plus proche de l’idée de civilisation et intègre au patrimoine les valeurs, les représentations et les symboles. Le sens anglosaxon est plus anthropologique et prend en compte les manières de vivre et les savoirs quotidiens. Les États-Unis défendent la laïcité, encore qu’en pratique, on affiche beaucoup plus facilement sa religion qu’en Europe. Les cultures ne sont pas statiques, mais en évolution permanente. Il est impossible aujourd’hui de considérer une culture en dehors de ses relations avec les autres et de sa propre évolution.

Au fil du temps, la diversité culturelle a eu une influence sur les différentes sociétés. Elle est le patrimoine commun de l’humanité. Elle s’incarne dans l’originalité et la pluralité des identités qui caractérisent les groupes et les sociétés composant l’humanité.

Le mot diversité est plus généralement utilisé dans un contexte de différences culturelles et linguistiques. Antithèse de l’« uniformité culturelle », elle est paradoxalement mise à mal par la mondialisation des échanges qui tend à uniformiser les repères sociaux et culturels. Aujourd’hui, la notion de culture renvoie à une multitude de sens. Les définitions sont nombreuses, mais quelques-unes idées peuvent être plus ou moins pertinentes. La culture serait-elle la manière de penser, de sentir et de réagir d'un groupe humain, surtout acquise et transmise par des symboles, et qui représente son identité spécifique ?

La diversité culturelle multiplie les choix, nourrit un éventail de compétences, de valeurs humaines et de visions du monde. Elle tire du passé la sagesse nécessaire pour éclairer l’avenir. Elle est également le ressort central du développement durable des individus et des sociétés. Une culture, ainsi constituée, manifeste sa vitalité dans la mesure où elle sait se maintenir en état de dialogue constant. Une culture qui refuse le dialogue, prétend se suffire à elle-même, contribue à générer des conflits préjudiciables à tous. Elle court même le risque de ne pas évoluer et à terme disparaître.

Les savoirs locaux et les langues vernaculaires sont les gardiens de la diversité ; ils sont déterminants pour comprendre l’environnement et l’utiliser au mieux. Ils nourrissent et défendent les spécificités culturelles, les coutumes et valeurs locales. La diversité des cultures, loin de diviser et séparer les hommes, les oblige à prendre conscience de leur profonde identité. Que nous le voulions ou non, nous sommes liés dans un avenir commun. Plus notre diversité est grande, plus elle a besoin de principes communs. Elle représente sans aucun doute une grande richesse pour l’humanité.

Chaque culture possède son domaine géographique, son aire de développement et de rayonnement. Elle est le reflet des conditions naturelles offertes à l’homme et peut, au fil des expériences et des conquêtes, s’étendre ou s’amenuiser. Chaque culture a aussi ses codes : dans le Coran, « Le Coran possède un dos et un ventre, et ce ventre a lui-même un ventre, et cela jusqu’à sept ventres. »[4] Cette phrase attribuée au prophète Mahomet a été interprétée par les mystiques musulmans comme une allusion aux sens ésotériques du Coran.

Le départ de René Guénon pour l’Egypte a marqué, pour l’auteur de La crise du monde moderne[5], « le rattachement à la tradition islamique ». Il rappelait cependant que quiconque a conscience de l’unité des Traditions, « est nécessairement, par la-même, « inconvertissable » à quoi que ce soit ». Il avait trouvé en Egypte l’endroit où vivre les vingt dernières années de sa vie où il découvrit et suivit les enseignements de plusieurs maîtres musulmans.

La culture n’est pas seulement la référence à la tradition, c’est aussi une réflexion sur les raisons d’intégration et du vivre ensemble. Les traditions varient avec les sociétés humaines. Les voyageurs qui s’éloignent de chez eux sont souvent frappés par la variété des traditions. Mais si on reconnaît la diversité des cultures, ne reconnaît-on pas que les groupes humains sont différents les uns des autres, qu'ils constituent une pluralité. Peut-on penser alors l’idée d’humanité, présuppose celle d'unité ? On peut donc se demander si l’idée d’humanité n’est pas une idée abstraite, sans contenu réel, et si l’idéal d’une communauté universelle de tous les hommes n’est pas rendu impossible par la rivalité des cultures

La différence culturelle des peuples n’est pas récente. Les voyageurs européens du XVIe ou du XVIIe siècle ont rapporté de nom­breuses descriptions des peuples « exotiques qu’ils avaient rencon­trés ou qu’ils avaient crû apercevoir. Christophe Colomb a raconté avoir vu des sirènes. D’autres ont « vu » des Amazones, ces femmes guerrières étrange­ment semblables à certains personnages de la mytho­logie grecque. Jadis, les peuples occidentaux ont façonné leur culture dans un contexte particulier : celui d’une domination qui s’est progressivement établie sur presque tous les autres peuples, d’abord dans le cadre des empires coloniaux, mais également de nos jours, dans le système économique mondia­lisé.

L’homme a toujours eu la conviction que l’expérience personnelle est une richesse à exploiter. Elle est propre à chaque individu qui s’en sert sans même sans rendre compte dans la vie quotidienne surtout pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Il s’agit sans aucun doute d’un phénomène inhérent à la nature humaine. Confucius n’aime-t-il pas dire ? : « L’archer a un point commun avec l'homme de bien : quand sa flèche n'atteint pas le centre de la cible, il en cherche la cause en lui-même. »[6]

 

Une meilleure connaissance 

L’unité de l’humanité ne peut être fondée sur une unique religion, une seule philosophie ou même un seul pouvoir. Elle doit être fondée sur une diversité plus utile à l’unité qu’à l’unicité. Une tendance récente de la recherche dans notre monde globalisé s’intéresse à la pluralité et la tolérance . Les traditions religieuses fondées sur une vérité unique et une foi exclusive ont souvent été considérées comme un obstacle à la cohésion sociale et une source de conflits. En Asie de l’Est, différentes traditions religieuses cohabitent depuis près de deux millénaires, mais l’histoire de leur relations n’est pas dénuée de tensions souterraines.

Face au défis actuels, nous devons réussir à préserver l’altérité et la diversité. L’idée même de diversité culturelle recouvre des réalités et des positions contradictoires. La reconnaissance de la diversité culturelle comme composante essentielle des droits humains est un phénomène récent. Son acheminement ne l’est pas. Il résulte de l’histoire et est jalonné de conflits.

L’avantage de la diversité culturelle réside dans l’immense possibilité de faire vivre l’altérité, la reconnaissance de la diversité, la sauvegarde des valeurs communes. En revanche, elle doit tenir compte que l’homme a intérêt à se dérober à toute forme de catégorisation, d’enfermement et de haine. Ainsi, l’homme en s’ouvrant à l’autre, n’a-t-il pas une raison d’être et de se réaliser ? Il s’agit sans aucun doute d’un outil de rapprochement de pensées différentes, d’habitudes et de comportements où les cultures ont tout à gagner

rencontre devrait offrir l’immense possibilité de créer, renouveler et de partager des valeurs communes ou différentes. Chaque homme mais c’est vrai aussi des cultures et des religions, puise sa vie à ses propres racines, s’épanouit dans l’échange avec l’autre. Le souffle vital accroît la vitalité de l’humanité est une conception unitaire et organique de l’univers où tout se relie et se tient. En réalité, toute rencontre et, par la suite, cohabitation ou coexistence, entre deux ou plusieurs cultures s’organisent souvent autour d’une épreuve dont la manifestation est celle du pouvoir d’attraction ou de la force d’influence qu’exercent les cultures « fortes » sur les cultures plus « fragiles ».

Les cultures se différencient selon ou non leur degré d’influence. Les emprunts culturels se font généralement à l’occasion de rencontres où les cultures ont appris à se connaître. Mais l'emprunt culturel n'est jamais unilatéral. Les contacts voulus induisent généralement des ajustements culturels progressifs et mutuellement enrichissants tandis qu'à l'inverse, lorsque les modalités et le contenu du changement culturel sont imposés, ils peuvent aboutir à une véritable déstructuration de la culture d'origine.

Face à la tendance à l’uniformisation des cultures induite par la mondialisation, la préservation de la diversité culturelle s’avère être un enjeu majeur et revient à considérer que le modèle culturel n’existe probablement pas. La diversité des cultures doit exister à partir des valeurs d’égalité et de respect. Il n’existe pas de culture supérieure à une autre, elles sont différentes. La reconnaissance de la diversité est une condition essentielle de la paix et du dialogue entre les peuples.

Chercher à établir un parallèle, vouloir retrouver dans chaque culture les mêmes éléments mais sous des formes différentes ou des degrés de maturité différents impliquent la croyance en l'existence d'un schéma culturel universel à partir duquel s'ordonneraient toutes les cultures. Or, on le sait, chacun ramène l'universel à lui-même

La culture comprend le savoir, la religion, les croyances, les coutumes, les lois, les traditions, l'art et la musique, etc. Elle peut aussi être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. L’art est le miroir de l’esprit et représente l'expression des membres d'une culture. Ainsi les hommes préhistoriques ont, à travers les peintures rupestres, permis aux anthropologues de connaître leur mode de vie.

La culture peut évoluer et s'épanouir, même si la civilisation n'existe pas. En revanche, la civilisation ne peut pas se développer et exister sans culture.

Le sociologue français Mauss définit la civilisation "un ensemble de phénomènes suffisamment nombreux et suffisamment importants s'étendant à un nombre suffisamment considérable de territoires". On peut arguer que la civilisation tend à l'universalité et que la culture tend à la particularité ; que la culture, c'est la civilisation en tant qu'elle est propre à un peuple, à une nation. Pour la décrire de l'extérieur, on dira que c'est l'ensemble des valeurs matérielles et spirituelles créées par une société au cours de son histoire, et bien entendu, par valeurs il faut entendre des éléments aussi divers que la technique ou les institutions politiques, une chose aussi fondamentale que la langue et une chose aussi fugace que la mode, et les arts aussi bien que la science ou que la religion. L’universalisme peut ainsi être considéré comme un mythe, voire une idéologie. Il aurait pour prétention de laisser penser que certaines civilisations sont supérieures à d’autres, là où elles sont simplement diverses. En réalité, les civilisations sont différentes.

La diversité culturelle est le ressort central du développement durable des individus, des communautés et des pays[7]. Cette définition met en exergue des éléments visibles (mode vestimentaire, arts,) et d'autres qui ne le sont pas (normes et valeurs). Bollinger et Hofstede (1987) définissent la culture comme étant « la programmation collective de l’esprit humain qui permet de distinguer les membres d’une catégorie d'hommes par rapport à une autre ». Northhouse (2007), quant à lui, définit la culture comme étant «l' ensemble des croyances apprises, des valeurs, des règles, des normes, des symboles qui sont communes à un groupe de personnes » . Selon Jean-Paul Lederach ( 1995), la culture « représente les connaissances et les systèmes crées et partagés par un ensemble de personnes pour percevoir, interpréter, exprimer et répondre aux réalités sociales »

Les relations sont souvent ambiguës : les comportements racistes sont nombreux, personne ne se réclame d'une idéologie raciste. Les hommes sont pour la paix, la coexistence dans la compréhension mutuelle, les échanges équilibrés et justes, le dialogue efficace ; les conférences l’affirment, les congrès des spécialistes sont d'accord, les émissions de radio et de télévision le répètent ; et pourtant on continue de vivre dans l'incompréhension et les conflits. On pourrait respecter l’autre. Pour autant cela ne veut pas dire respecter ses idées. Les idées ne sont d’ailleurs pas faites pour être respectées, mais débattues et parfois combattues. Une société tolérante c’est une société pluraliste ou coexistent des hommes et des femmes de cultures, de convictions et de conceptions de vie diverses.

La dimension culturelle est présente dans les trois quarts des grands conflits mondiaux. Combler le fossé entre les cultures est urgent et nécessaire pour la paix, la stabilité et le développement.

Elle est une force motrice du développement pour la croissance économique et comme moyen de mener une vie intellectuelle, affective, morale et spirituelle plus satisfaisante. Il existe plusieurs conventions culturelles qui favorisent la promotion de la diversité culturelle, en affirmant son atout indispensable pour éliminer la pauvreté et pour réaliser le développement durable.

 

Vivre dans un monde connecté

De la communication, nous devons apprendre à gérer autrement ces marées de livres régulièrement publiés, qui finissent le plus souvent sur les rayons poussiéreux des bibliothèques… Aujourd’hui, il est impossible qu’un homme puisse les lire tous ! Les livres qui comptent dans une vie dévoilent une vérité ignorée, cachée, profonde que nous portons en nous.

Et pourtant, il est souhaitable de transmettre aux nouvelles générations, les principes des valeurs du vivre ensemble, héritage de nos ancêtres et d’apprendre à s’adapter à un monde en mouvement. Le XXIe siècle, révolutionné par la vitesse de la diffusion de l’information, la multiplicité des canaux d’échange, la diversité et la complexité des tâches à accomplir.

Le monde est en constante évolution. Certains facteurs apparaissent comme étant plus pressants que d’autres. Les technologies ont déjà changé nos sociétés, voire l’être humain Tel est le défi à relever : redonner à l’altérité et l’altruisme toute la place qui leur revient, en s’ appuyant sur les nouveaux moyens de communication.

Un humanisme numérique », est à développer Il a déjà façonne l’humain et créé de nouvelles humanités.

Aujourd’hui, la confiance est mise en cause, elle est détruite, souvent avec une haine hors du commun, dans le développement sur internet des « réseaux sociaux », nouvelle langue d’Esope qui ne savent pa assumer liberté et responsabilité !

Il est impératif de responsabiliser tout auteur sur internet en exigeant que son « dire » soit signé et clairement identifiable.

Actuellement, près de 90% des contenus accessibles sur Internet sont disponibles dans approximativement 12 langues cela exclut de fait les autres langues du monde estimées à 6 000, et par conséquent ces locuteurs ne peuvent pas participer à l’édification de la société de linformation. Par exemple, les Papous représentent près de 6 millions d’habitants ;  plus de 800 langues recensées : c’est un record pour un pays.

En réalité, Internet représente à la fois une chance et une menace pour la diversité culturelle.

D’un côté, il amène le danger de la suprématie de l’anglais, langue maternelle du web. Cette hégémonie de l’anglo-américain sur la toile est due, entres autres au fait que cette technologie soit née et développée aux États-Unis.

D’autre part, ce réseau offre une chance de survie aux langues et cultures minoritaires. C’est un espace ouvert à toutes les initiatives individuelles ou locales.

Chaque peuple, doit être en mesure d’exprimer ses singularités et ses sensibilités. Internet doit être utilisé pour affirmer et promouvoir la diversité culturelle et linguistique et favoriser le dialogue des cultures dans le respect des identités.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication occupent désormais une place essentielle dans la circulation de l’information et dans l’accès à la connaissance. Elles offrent de nouvelles opportunités pour le dialogue des cultures et pour l’accès à un savoir toujours plus riche.

Internet peut favoriser la liberté d’expression, l’appropriation du savoir et la compréhension de l’autre, mais peut aussi contribuer à l’uniformisation culturelle, et à l’exclusion des langues et cultures minoritaires.

L’inteligence artificielle ou IA, est une intelligence capable de réaliser n’importe quelle tâche cognitive comme le ferait un humain. Elle est un programme qui cherche à imiter l’intelligence humaine par le biais d’algorithmes de calcul. Sa création permet aux ordinateurs de réaliser des opérations et de penser comme un être humain. Depuis 2010, le développement de l'intelligence artificielle a été accéléré par le big data. L’intelligence artificielle à permis de transformer de nombreux secteurs d’activités, parmi eux on retrouve la médecine, les sciences, la finance, l’automobile et bien d’autres.

Loin de croire que l'économie fonctionne de manière autonome, le philosophe Jean Bodin affirmait qu' "il n'est de richesse  que d'hommes".  Mais peut-on encore se poser la question : quelle place l'homme occupe-t-il aujourd'hui ? 

Si nous avons l’ambition de préserver notre planète, de sauver des vies humaines, nous devons créer les conditions d’un vrai dialogue afin d’éviter le suicide de la pensée.   

 

 

 

Vivre ensemble dans le respect mutuel

la découverte de l’altérité est un enjeu primordial. Dans nos sociétés de plus en plus diversifiées, il est indispensable d’assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles à la fois plurielles, variées et dynamiques.

Abioyé Pierre Akpona, Ecrivain énonçait : « La vie sociale en pays yoruba nago du Bénin et les interactions inter communautaires sont fondées sur deux valeurs essentielles.

Il s’agit de Ajogbé c’est-à-dire vivre-ensemble et Ajobi qui rappelle à chaque membre de la communauté le pouvoir à la limite tyrannique du lien de sang ou en d’autres termes de la consanguinité de l’humanité. 

Fruit de la contribution de tous les peuples, la diversité culturelle est le principal patrimoine de l’Humanité. Nous devons transmettre une culture de paix aux générations futures. L’ouverture à l’autre, l’effacement des clichés et des préjugés pour triompher de l’ignorance et de l’intolérance : autant de leviers pour faire jaillir la source du vivre ensemble.

 

[1] À vrai dire, les manières d'appréhender le monde sont différentes : l'Occident et l'Orient ne se ressemblent guère de ce point de vue. D'où l'importance de rouvrir l'horizon tout en dépassant les clivages. Il est également question de trouver une nouvelle forme d'alliance entre les différents peuples, voire entre les individus différents au sein d'une même communauté.

[2] Enjeux de mots : regards multiculturels sur les sociétés de l’information. Livre, coordonné par Alain Ambrosi, Valérie Peugeot et Daniel Pimienta a été publié le 5 novembre 2005 par C & F Éditions.

[3] E. Tylor. Cultures primitives, 1871

[4] Phrase attribuée au prophète Mahomet

[5] René Guénon. La crise de l’homme moderne. Editions Gallimard. Collection Tradition, nouvelle série, Gallimard ; Parution ;

29-06-2017. 1ere parution en 1947

[6] Confucius. Une citation ou phrase issus de livres, discours ou entretiens.

[7] Unesco. Diversité. Déclaration de Johannesburg, 2002

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