Jean-Luc Burger - Le cinéma africain - Meet Art Concept

Depuis plusieurs années, le cinéma africain est souvent présenté comme un des plus jeunes au monde alors que les caméras ont tourné depuis l’invention du cinéma. Se poser cette question laisse généralement la place à d’autres interrogations : comment définir le cinémas africain ? quelle est sa place dans l’histoire mondiale du cinéma ?
L’Egypte est pionnière dans l’exploitation et la production cinématographique sur le continent africain. La première salle est construite au Caire dès 1906 puis six autres salles cinq ans plus tard avant d’atteindre 80 salles dans tout le pays en 1917. Les premières projections de films commerciaux sont données au Zavani Café à Alexandrie. Elles étaient d’abord destinées aux colons installés sur le continent et produites dans des lieux interdits aux Africains à cette époque : les cafés, les magasins, les théâtres. les Africains s’approprient, pour la première fois, les images et les sons de leurs pays, par les premiers courts métrages des premiers réalisateurs. Ils voient pour la première fois, sur les écrans, quelques reflets de leurs pensées, de leurs sentiments et de leurs désirs.
Un cinéma est ouvert à la Mairie de St Louis (Sénégal) le 1er janvier 1898 au prix de 3 f la chaise, 2 f le banc et 1 f la place debout. (…) En 1894, le Théâtre Diorama lumineux de St Louis annonçait, une tournée par la ligne de chemin de fer jusqu’au 2e arrondissement (Dakar et Gorée).
Les opérateurs des frères Lumière ont choisi des pays africains dont le pays du soleil couchant, pour mener quelques expériences. Avec ingéniosité et savoir-faire, les techniciens ont introduit le cinéma. En 1896, ils débarquèrent le premier tournage au Maroc, avec « Le Chevrier marocain » de Louis Lumière. Pour combler le rêve exotique d’un public avide de sensations, les premiers films tournés en Afrique par les réalisateurs européens recherchaient la nature sauvage, le détail de l’étrange, insondable et mystérieux. Les premières projections étaient réalisées par des forains, des marchands diffusant des films dans des lieux d’attraction.
Jean Rouch, selon lui, des cinémas ambulants « projetaient les premières bandes animées à Dakar et dans les environs » dès 1905. Pour les Occidentaux, le cinéma ethnographique de Jean Rouch, le « cinéaste des griots », a été essentiel dans la connaissance du continent noir et des potentiels cinématographiques qu'il recelait. L'importance de Jean Rouch est indéniable, mais son influence est néanmoins contestable. Med Hondo, par exemple, est « totalement opposé au cinéma de Jean Rouch ». Il met « met en exergue une soi-disant spécificité culturelle africaine qui nous ridiculise. [...]
Autre témoignage vivant, Amadou Hampâté Bâ (écrivain, historien, anthropologue et philosophe malien, 1901-1991) se souvient de sa première expérience lorsque « En 1908, un Européen venait à Bandiagara [Mali] pour y projeter un film. » (« Le dit du cinéma africain » 1967). Lors des entretiens de Conakry consacrés au cinémal, le docteur Gabriel Sultan (1917-2018) décrit vers les années 1920, l’arrivée par le train d’un projectionniste à Mamou, petite ville de Guinée, avec sa « machine », ses bandes, son groupe électrogène et ses chaises pliantes. [1]
Il faudra attendre les années 1930 et surtout l’après guerre, pour que s’organisent de réels circuits cinématographiques, à but lucratif, supposant autorisations et contrôles administratifs, trajets répétés et projections de films de fiction, mêlés à de la publicité ou de la propagande coloniale. Parrallèlement des missionnaires assurent des tournées à but essentiellement politique ou éducatif.
Le constat est clair : on ne peut pas parler d'industrie cinématographique africaine, et cela pour plusieurs raisons. La saturation du marché par les films commerciaux des pays industrialisés, les États-Unis et la France, tend à façonner ce dernier selon des critères qui freinent le développement d'une industrie cinématographique africaine. Par ailleurs, les films africains, réalisés grâce à l'aide de la coopération étrangère, connaissent surtout du succès en « métropole », c'est-à dire en Europe. D'où cette interrogation : les cinéastes africains prennent-ils en compte le fait que leur véritable public n'est pas africain ?[2] ou bien, les cinéastes africains sont effectivement enfermés dans un état de dépendance financière qui nuit à leur expression créatrice ?
Dans les pays de l'Afrique anglophone, la situation n'est pas différente. Là aussi, les films nord-américains envahissent les salles de cinémas. Il n'y a guère qu'au Ghana et au Nigeria où l'on puisse parler de l'amorce d'une industrie cinématographique indépendante, c'est-à-dire sans subventions de l'État.
Le cinéma de la diaspora
Pour la diaspora africaine, le cinéma brésilien date de la fin du XIXe siècle. Peu après l’invention des frères Lumière, la projection d’un film a lieu à Rio de Janeiro, le 8 juillet 1896. Un an plus tard, une salle de cinéma permanente existe déjà à Rio. Les premiers films brésiliens sont créés dès 1897. Le film Vista da baia da Guanabara (Vue de la baie de Guanabara) est tourné en 1898 par l’Italien Alphonso Segreto à son retour d’Europe à bord du bateau Brésil et présenté le 19 juin, jour considéré depuis comme le jour du Cinéma brésilien, quand bien même l’existence de ce film reste incertaine.
LES FILMS TOURNES PAR DES AFRICAINS
Les premières séances de cinéma en Afrique datent de 1905 en Égypte et dans les années 1920 en Afrique subsaharienne. Les séances ont lieu dans des théâtres urbains et sous forme de projections itinérantes dans les zones rurales. Concernant la création, « le premier film tourné par un Africain est sans doute Zohra (1922), une production tunisienne, bientôt suivie de La fille de Carthage (1924), Leila (1926) et de Zainab (1926)
La recherche historique sur les cinémas africains est confrontée, à la difficulté de s’appuyer sur des données du réel au sens de l’École des Annales. Les historiens sont clairement confrontés à un problème d’identification et de constitution de leurs corpus, archives et cinémathèques inexistantes ou dans un état précaire. Parfois, les statuts juridiques des films ou des auteurs sont indéterminés. Les films africains ne sont guères accessibles depuis l’Afrique, sinon à travers les réalisateurs et producteurs eux-mêmes, vivant et travaillant sur le continent mais aussi, souvent, depuis l’extérieur[3].
Le premier film africain tourné par un africain est Rasalama Maritiora, un documentaire sur Rafaravavy Rasalama, première martyre chrétienne Malgache réalisé en 1937 par Philippe Raberojo[4]. En 1955, l’histoire africaine du cinéma d'Afrique subsaharienne commence, soixante ans après l'invention du Cinématographe Lumière. Avec les moyens qui sont les siens, le continent fait preuve d’une inventivité remarquable. Depuis quarante ans, de « Nollywood » (Nigeria) à « Ghallywood » (Ghana) en passant par le Kenya ou l’Éthiopie, des industries prolifiques ont émergé dans divers pays. Mais en ce qui concerne l'Afrique noire francophone, le pionnier en est le Sénégalais (Béninois de naissance) Paulin Soumanou Vieyra, également premier historien des cinémas africains. D'abord écrivain, son compatriote Sembène Ousmane, donne l'exemple d'une production africaine engagée et n'hésite pas à utiliser les langues vernaculaires. Djibril Diop Mambety sera le second grand nom du cinéma sénégalais. Les autres pays actifs sont le Niger (avec Oumarou Ganda), le Mali, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, et surtout le Burkina Faso) qui crée dès 1969 le FESPACO1 (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou).
Les années 1930
Dans les années 1930, le nombre de salles est de 755 salles en Afrique. Ce nombre sera de 1683 en 1951, puis 2168 en 1960, principalement au Maghreb. En 1933, Inauguration du Majestic à Alger, la plus grande salle d’Afrique : 3500 places.
En 1936, la diva égyptienne Oum Kalsoum interprète le rôle d’une esclave dans Wedad de Fritz Kramp , et jouera dans une centaine de films musicaux.
Les anthropologues utilisent la caméra pour documenter leurs recherches, notamment au Mali où Marcel Griaule tourne Au pays dogon (15’) et Sous les masques noirs (15’), suivi à partir de 1947 par Jean Rouch, Germaine Dieterlen, Claude Meillassoux, etc.
Le premier film africain tourné par un africain est Rasalama Maritiora, un documentaire sur Rafaravavy Rasalama, première martyre chrétienne Malgache réalisé en 1937 par Philippe Raberojo[1]. En 1955, l’histoire africaine du cinéma d'Afrique subsaharienne commence, soixante ans après l'invention du Cinématographe Lumière. Avec les moyens qui sont les siens, le continent fait preuve d’une inventivité remarquable. Depuis quarante ans, de « Nollywood » (Nigeria) à « Ghallywood » (Ghana) en passant par le Kenya ou l’Éthiopie, des industries prolifiques ont émergé dans divers pays. Mais en ce qui concerne l'Afrique noire francophone, le pionnier en est le Sénégalais (Béninois de naissance) Paulin Soumanou Vieyra, également premier historien des cinémas africains. D'abord écrivain, son compatriote Sembène Ousmane, donne l'exemple d'une production africaine engagée et n'hésite pas à utiliser les langues vernaculaires. Djibril Diop Mambety sera le second grand nom du cinéma sénégalais. Les autres pays actifs sont le Niger (avec Oumarou Ganda), le Mali, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, et surtout le Burkina Faso) qui crée dès 1969 le FESPACO1 (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou).
[1] Cinedirectors Box Office Français en 1990 (archives)
Les années 1950
1955 : un moyen métrage de 21 minutes, réalisé par Paulin Soumanou Vieyra et Mamadou Saee, marque la naissance du cinéma d’Afrique noire. Avec Afrique-sur-Seine, deux Africains, passent pour le première fois derrière la caméra.
Paulin Soumanou Vieyra réalise en 1955, à Paris, le premier film africain. "L'Afrique est-elle sur les bords de Seine ?" A l'image des étudiants qu'il suit dans leur quotidien d'études, de rencontres et d'incertitudes, le film pose la question de l'avenir d'un continent toujours colonisé et témoigne pour la première fois de la présence africaine à Paris. Emmené par le Groupe Africain de cinéma composé de cinéastes du Sénégal et du Danhome, le film interroge déjà l'émigration ; un thème largement partagé par les réalisateurs du continent qui imposent leurs réalités africaines. Plus de dix ans après Afrique sur Seine, La Noire de... de Ousmane Sembene sera considéré comme le premier long métrage d'Afrique subsaharienne.
De 1955, date de la réalisation du premier film d’Afrique noire francophone, Afrique sur scène, à aujourd’hui, les cinéastes africains ont réalisé des films en quantité et en qualité. Le style narratif de certains repose sur l’oralité, tandis que d’autres s’appuient sur le modèle narratif littéraire classique. Issus d’une société dans laquelle le griot a été le seul média de base, les cinéastes africains ont tendance à créer leurs esthétiques sur le modèle des pratiques orales du griot. Dans sa narration, le griot incarne ses personnages pour énoncer son récit, alors que le filmagriote utilise les techniques cinématographiques pour son énonciation. Dans Keïta, l’héritage du griot (film du réalisateur et griot burkinabé Dani Kouyaté[5]), on relève deux performances en situations : d’abord celle du griot que Ford Abiyi évoque sous plusieurs aspects, dont le milieu de prestation, l’énoncé du conte et les éléments d’accompagnement de la narration. Les éléments d’accompagnement peuvent être des instruments de musique, le feu de bois, l’arbre à palabres ou la fin de la journée.
Depuis les cinémas des années 1960 avec les grands cinéastes de l’Afrique noire comme Ousmane Sembène, Oumatou Ganda, Ababacar Samb, qui ont ouvert les portes d’un autre monde, « un monde riche de spiritualité et d’imaginaire, un monde où la dignité n’est pas un vain mot », nous découvrons un monde qui n’a pas fini de livrer ses richesses.
Les années 1960 -1970
Sur le continent africain, 1960 marque l’aube de l’ère des indépendances : une page s’ouvre dans l’histoire du continent et, pour la première fois depuis longtemps, ce sont les Africains qui la tournent. Après l’indépendance, Ouagadougou (Burkina Faso) devient un des pôles mondiaux du cinéma. En 1969, le premier Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (Fespaco) est créé. Année d’effervescence dans le monde du cinéma africain, 1970 voit également la profession commencer à se structurer par la création de la Fédération Panafricaine de Cinéates, qui réunit 33 pays et dont le but est de protéger les cinémas nationaux naissants.
Dans la plupart des films sud-africains produits dans les années 1960, les Noirs sont peu présents dans les films pour grand public ou assignés à faire de la figuration dans des rôles subalternes (domestiques, employés, policiers, vagabonds). Néanmoins, « Dingaka » (1965) de Jamie Uys est l'un des premiers films grands publics où des acteurs noirs (Ken Gampu) bénéficient de rôles de premier plan et interagissent avec les acteurs blancs (Stanley Baker, Juliet Prowse, Bob Courtney).
Gaston Kaboré est membre membre du jury à la Biennale de Venise en 1994 et au Festival de Cannes en 1995. Son premier film Wend Kuuni a été primé dans le monde entier, recevant notamment le César du Meilleur Film Francophone en France en 1985 tandis que son dernier long métrage intitulé Buud Yam a reçu l'Etalon de Yennenga le 15ème grand prix du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou en 1997.
Dans la période 1970-1980, des cinémas africains et en particulier, le secteur de l’exploitation, on observe une grande poussée des salles de cinéma partout sur le continent. On pouvait compter une moyenne de 60 salles par pays avant leur fermeture progressive à partir de 1990, due à l’avènement de la vidéo.
Diffusé en Afrique et en Europe, où il est surtout apprécié des cinéphiles avertis, « Yam Daabo » est récompensé par huit prix lors du Xe Fespaco, en 1987. C’est le début de la consécration. En 1989, son deuxième long métrage, « Yaaba » qui raconte l’amitié insolite d’un petit garçon pour une vieille, mise en quarantaine par le village, reçoit le Prix de la Critique Internationale au 42e festival de Cannes. Mais la distinction suprême : le Grand Prix du Jury du 43e festival de Cannes reviendra à Idrissa Ouedraogo (1990) pour son film « Tila¨ » (« La Loi »).
Né en 1940, Cissé fait partie de la deuxième génération des cinéastes africains (Sembène Ousmane, le doyen, Oumarou Ganda en 1035, Med Hondo en 1936). En 1960, quand son pays a accédé à l’indépendance, Cissé organise des projections de films pour des mouvements d’étudiants. Il réalise un film documentaire sur l’arrestation de Patrice Lumumba qui déclenche réellement sa volonté de faire du cinéma. En 1963, il obtient une bourse pour suivre un stage de projectionniste puis des études de cinéma à l'Institut des Hautes Etudes Supérieures de la Cinématographie de Moscou. Dans Waati, Souleymane Cisse dresse un portrait impitoyable de l’Afrique de son film, qui priva de ses droits les plus stricts quatre-vingt pour cent de la population. Souleymane Cissé tourne son premier moyen métrage, Cinq jours d’une vie, en 1971. Le film relate l’histoire d’un jeune qui abandonne l’école coranique et vagabonde dans les rues, vivant de menus larcins. L'œuvre est primée aux Journées cinématographiques de Carthage.[6]
Des années 1990 à nos jours
Dès les années 1990, la production cinématographique s'effondre. Les salles de cinéma ferment au point que certains pays n'ont actuellement plus aucune salle de cinéma sur leur territoire. Le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), un des plus grands festivals africains, dont la 24e édition s'est tenue en 2015, tente de préserver et promouvoir le cinéma africain[7]
Le cinéma africain fête ses 50 ans dans un monde qui n’est plus celui des rêves d’après l’indépendance. Des problèmes financiers et politiques perturbent la marche d’un cinéma qui n’est plus une priorité. Les salles sont fermées ou transformées en magasins de riz.
En 1993, le film d’Idrissa Ouedraogo « Samba Traoré » dont le héros est un gangster en cavale qui va se cacher au village. Ce film, qui dénonce la corruption de la ville, obtient l’Ours d’Argent au festival de Berlin.
Rien ne laissait présager que Ouagadougou deviendrait un des pôles mondiaux du cinéma. Le Burkina Faso n’avait guère d’illusion à entretenir dans ce domaine : le septième art est une industrie nécessitant des moyens financiers colossaux. La victoire du festival Fespaco aura un grand retentissement dans toute l’Afrique et provoque une prise de conscience des hauts responsables des différents pays, soucieux de « décoloniser les écrans africains ».
Le marché international du film de l’Afrique centrale, organisé par l’association Ecrans Noirs s’est officiellement ouvert lundi le 03 septembre 2022 au musée national de Yaoundé. L’évènement qui vise à accroitre la visibilité et l’accessibilité du meilleur de la production cinématographique et audiovisuelle de l’Afrique centrale, a rassemblé des cinéastes, diffuseurs et distributeurs autour des échanges sur les contenus de production cinématographiques et des politiques de distribution.
Le Maroc, terre de culture et de cinéma
Le Maroc est également une terre de culture et de cinéma. Le premier long métrage marocain est diffusé en 1958, réalisé par Mohamed Ousfour : Le Fils maudit. Dans les années qui ont suivi, le Maroc crée plusieurs festivals du cinéma :
. 1968 : Premier Festival du film méditerranéen à Tanger . Le festival se tient aujourd’hui à Tétouan
. 1982 : Premier Festival national du film à Rabat.
. 2001, la Première édition du Festival international du film de Marrakech voit le jour
La variété des paysages et de l’architecture, la lumière et ses nuances sont les principales raisons de l’ engouement pour le tournage de films au Maroc. On peut citer comme films tournés en totalité ou en partie au Maroc : Ali Baba et les Quarante Voleurs (1954), L’homme qui en savait trop (1956), Lawrence d’arabie (1962), Sodome et Gomorrhe (1962), Cent mille dollars au soleil (1964), L’Homme qui voulut être roi (1975), Harem (1985), Le Diamant du Nil (1986), Tuer n’est pas jouer (1987), La Dernière Tentation du Christ (1988), Les Chemins de la liberté (2010)

Affiche du film Laurence d’Arabie
LE CINEMA AU TEMPS DES COLONIES
Dès l’invention du cinématographe, des opérateurs sont envoyés en Afrique et partout dans le monde pour en rapporter des images lointaines et inhabituelles. En Afrique comme ailleurs, les projections rencontrent un grand succès et se généralisent rapidement, d’abord sous forme ambulante. Le cinéma colonial allie exotisme, ethnocentrisme et propagande (nature contre culture, sauvage contre civilisé, groupe contre individu, croyance contre science, etc.).
Une industrie se met toutefois en place dans certains pays, notamment en Egypte et Afrique du Sud :
1895 – Projections sur écran de « vues photographiques animées », en novembre par les frères Skladanowsky à Berlin, en décembre par les Frères Lumière à Paris
1896 – Les opérateurs Lumière tournent des films courts en Afrique.
1895 – A la découverte du monde. Une femme ouolove, de Félix Regnault (France) sur une potière sénégalaise. A partir de 1908, Albert Kahn rend compte des cultures d’une soixantaine de pays.
1896 – Projections en Afrique du Sud, en Egypte.
Le cinéma fut davantage une arme au service de la colonisation qu’un instrument de divertissement en Afrique. Le film était qu’un outil de propagande parmi d’autres. Les multiples usages qu’en faisaient les acteurs de la colonisation (administrateurs, missionnaires et colons), chacun, en fonction de ses objectifs avoués, soulignent en effet le dévoiement de la fonction première de ce médium.
Au début du XXe siècle, l’imagerie de la noirceur dans les films était encore imprégnée de racisme et de sentiments anti-noirs. C’était encore une époque où, s’il y avait un personnage de couleur, c’était un acteur blanc au visage noir/brun/jaune et dépeint de manière profondément offensante et dangereuse. Il suffit de regarder Naissance d’une nation, un film qui est toujours considéré comme l’un des plus importants, sinon le plus important, de l’histoire du cinéma. Ce film, dont on vante l’importance, présente les Noirs comme des objets serviles ou des bêtes destinées à détruire la civilisation blanche ? Le film Naissance d’une nation n’est malheureusement pas l’exception, mais établit plutôt la règle de la représentation dans les premiers temps du cinéma.
Dans la première version de La Case de l’Oncle Tom (1903), tirée du roman de Harriet Beecher-Stowe. L’Oncle Tom est joué par un comédien blanc grimé en nègre, dans la pure tradition des spectacles de music-hall, les « Minstrels Show », inspirés du folklore sudiste très en vogue au XIXe siècle. Un décor de champ de coton, un marché d’esclaves… Son maître fouette à mort le vieil Oncle Tom sans que sa maîtresse parvienne à le sauver, et un ange passe furtivement en haut à droite de l’écran.
Autre stéréotype apparu dès 1914 (Coon Town Suffragettes), le personnage de la nounou aux formes arrondies, qui exerce une autorité bourrue et affectueuse sur les enfants de la famille qu’elle élève. Elle est immortalisée dans Le Bruit et la fureur (The Sound and the fury) ou dans Autant en emporte le vent (Gone with the wind), qui a révélé la comédienne Hattie Mc Daniel, devenue la plus célèbre des « Mammy » noires, Oscar du meilleur second rôle féminin.
En 1916, deux frères, George Perry Johnson et Noble Johnson (un acteur sous contrat chez Universal Pictures), décident de fonder la Lincoln Motion Picture Company. Ils tournent alors plusieurs mélodrames destinés à la classe moyenne, comme The Realisation of a Negro’s Ambition (1916), The Trooper of Troop K (1917), sans oublier leur film le plus célèbre, The Birth of a Race (1918). Dans les films des frères Johnson, on peut voir des soldats, des familles, des héros afro-américains – autant d’entités jusqu’alors presque absentes du grand écran.
Dans les années 1920, le reportage colonial triomphe. Cette production poursuit de multiples objectifs, pù pédagogie, tourisme visuel et propagande échangent volontiers leurs attributs : il s’agit autant de familiariser les spectateurs de métropole avec les habitants et les territoires coloniaux que de satisfaire leur désir de dépaysement. A quoi s’ajoute, pendant la Première Guerre mondiale, une visée pus frontalement politique : prouver que l’Empire n’établit aucune distinction entre ses enfants. Dans tous les cas, l’idéologie Banania prévaut : les Noirs sont présentés comme de grands enfants que la France a le devoir d’éduquer : en vertu de quoi il lui donneront leur force pataude ou ce supplément d’innocence que le monde moderne est censé leur envier.[8]
Depuis son invention, le cinéma a cherché à impressionner, à créer l’émotion mais également à influencer. Les pays colonisateurs ont bien su mettre ce moyen de leur côté et ont bien employé les images d’une part pour maintenir leur oppression sur les peuples colonisés, et d’une autre part pour justifier leurs actes et positions. L’ exemple d’Alejandro Perez Lugin qui arriva au Maroc (1921-1922) pour tourner Los regulares est significatif . Le motif était la campagne espagnole dans la zone nord du pays, sur le désastre d’Anwal et la conquête de Chaouen.
Le Français Jacques de Baroncelli tourne L’Homme du Niger (102′), qui magnifie le dévouement civilisateur des colons. Le film, un des fleurons du cinéma colonial français, fut tourné en 1939 en bonne partie au Soudan-Mali à partir d’un scénario tiré du roman Ghâna, ville perdue et du récit de voyage Périple noir de Jean Paillard. L’écrivain Joseph Kessel en prépara les dialogues.
Dans les années 1940, le bon noir est toujours serveur, valet ou musicien à Hollywood mais la musique afro-américaine est à l’honneur. « Billie Holiday, à qui on a proposé des rôles à Hollywood, refuse toute proposition tant que les clichés n’auront pas évolué », raconte Emilie Pianta-Essadi. On peut cependant la voir dans New-Orleans (1947) d’Arthur Lubin, qui passe pour le plus grand film musical de tous les temps. Femme de chambre, elle emmène sa maîtresse admirative au cabaret où elle chante la nuit accompagnée par Louis Armstrong et son orchestre.
Le cinéma permet de ramener l’Afrique vers l’Occident. Ainsi s’exhibe, sous sa double face, la logique coloniale. Passerelles dont l'ethnologue français Marcel Griaule lui-même ne se prive pas : dans Techniques chez les Noirs (1939), il filme la construction de la case à palabres, le forgeron au travail, le tissage des nattes, la culture de l’oignon, « comparable à celle de nos potagers traditionnels ». Moins étouffés par la bonne conscience, les Britanniques, adeptes du plan large plutôt que des plans rapprochés sur des bustes nus et sans tête, manifestent pour les populations filmées un intérêt dépassant le folklore, là où les Français persistent à ne voir que grands enfants hilares et timides négresses. Dans Danses religieuses (1929), le réalisateur néerlandais Willy Mullens filme deux fillettes subissant un rite initiatique. Au moment où l’assistance entre en transe, la caméra plonge dans le groupe. Pour retrouver, en France, l’intensité de ce cinéma, il faudra attendre le cinéaste-ethnologue Jean Rouch et ses Maîtres fous (1955).
Avec les Indépendances des pays africains, des cinéastes africains émergent et cherchent à se regrouper. L’heure est au panafricanisme, que concrétiseront les festivals créés à Tunis et Ouagadougou. L’enjeu est de décoloniser les écrans autant que les esprits, mais les enjeux économiques et politiques sont de taille.
Hollywood et le vodun
Au fil des siècles, le vodun a à la fois terrifié et intrigué ceux qui entrent en contact avec lui. Avec l’aide d’Hollywood et de films tels que ‘Le zombie blanc’ (1932) ou ‘La nuit des morts-vivants’ (1968), les zombies sont devenus, connus comme des cadavres ramenés d’entre les morts. Le vodun est déclaré comme quelque chose de malveillant et de dangereux.
Plus récemment, les images du film « Vivre et laisser mourir », le fameux James Bond incarné par Roger Moore, James Bond 007 affronte un ennemi sans pitié, le docteur Kananga, zombie du Baron Samedi, le Pince des Ténèbres. Sur fond d’une musique signée Paul Mc Cartnay, l’agent de sa gracieuse majesté rencontre une version totalement abominable et atroce du vodun. Morts vivants, serpents, meurtres rituels, tombes ouvertes, rien ne manque pour présenter un cliché d’un bien mauvais gout quand on se prend à comparer cette comédie à l’accueil bienveillant et fraternel dans les temples vodun que réservent les initiés à leurs hôtes.
Djimon Hounsou est l’un des acteurs noirs les plus connus d’Hollywood. Il a joué dans Gladiator aux côtés de Russell Crowe, dans Amistad de Steven Spielberg et dans Blood Diamond avec Leonardo di Caprio. Après 4 ans de tournage, Djimon Hounsou a réalisé le projet qui lui tenait le plus à cœur : raconter une meilleure histoire du vodun. Dans un documentaire, qui n’est en réalité qu’un voyage initiatique dans les méandres religieux du culte vodun, il entraîne le spectateur à la rencontre du vodun .Pour le réalisateur, il fallait éclaircir ce qui définit l’esprit du vodun et dédiaboliser les adeptes souvent qualifiés de « sauvages » ou de « sorciers ».
DES PARCOURS CINEMATOGRAPHIQUES EXCEPTIONNELS
Paulin Soumanou Vieyra, le père fondateur du cinéma
Né en 1925 au Bénin et décédé à Paris en 1987, Paulin Soumanou Vieyra, est considéré comme le père du cinéma d'Afrique subsaharienne. Il réalise une trentaine de documentaires et un long métrage. Ami d'Ousmane Sembene qu'il accompagne à ses débuts, Paulin Soumanou Vieyra est également l'auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma africain et a été souvent l'invité de festivals de renom : Cannes, Venise, Fespaco, Carthage...
Premier Africain diplômé de l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques (IDHEC), aujourd’hui (FEMIS), il tourne en 1955 Afrique-sur-Seine, film culte qui marque les débuts du cinéma africain. Il est le mentor de grandes figures du septième art, telles que Ousmane Sembène, Djibril Diop Mambéty, Ababacar Samb Makharam.
Paulin Vieyra coréalise avec Mamadou Sarr Afrique-sur-Seine (1955), un court métrage en 16 mm noir et blanc, qui parle du déracinement et de la solitude des jeunes Africains, du clochard à l'étudiant en passant par les travailleurs, exilés dans le Paris des années 1950. Après ce court métrage, qui marque les débuts du cinéma africain, le réalisateur retourne à Dakar en 1957 pour Le Pêcheur, qui ne sera achevé que dix ans plus tard. Au Sénégal, Paulin Saumanou Vieyra travaillera pour le ministère de l'Information. Sa première mission fut d'organiser le service cinéma et les Actualités sénégalaises. Pour fêter le premier anniversaire de l'indépendance du Sénégal, il réalise en 1961 Une nation est née, évocation historique de la période coloniale, de la libération du pays et des tâches qui attendent désormais les Sénégalais. Avec Lamb (1963), présenté en compétition au Festival de Cannes en 1964, le cinéaste s'attache cette fois à illustrer, en mêlant fiction et réalité, la pratique sportive et rituelle de la lutte traditionnelle sénégalaise. En 1964, Paulin Soumanou Vieyra tourne Sindliély, inspiré d'une œuvre dramatique qui dénonce les mariages forcés.

Camp de Thiaroye – Sembene Ousmane
Dans la même veine, il signe Avec l'ensemble national, film de ballets illustrant la culture et la vie artistique sénégalaise. Après Ecrits du Caire (1964), documentaire mêlé de fiction sur Le Caire, il réalise Ndiongane (1965), adapté d'un conte de Birage Diop. Dans Môl (1966), un docu-fiction, un jeune pêcheur rêvant de moderniser sa barque, suscite un conflit entre les valeurs traditionnelles et la notion moderne de progrès. En 1967, à l'occasion de l'Exposition universelle de Montréal, il tourne quatre films de soixante secondes (La Bicyclette, Le Gâteau, Au marché et Rendez-vous) qui déploient chacun une idée originale. Il devient producteur sur plusieurs films de Ousmane Sembène (Le Mandat (1968), Taaw (1970), Xala (1974) et Ceddo (1976)), et auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma. Paulin Vieyra renoue avec le cinéma en 1981, avec L'envers du décor (1980), making-off sur le travail d'Ousmane Sembène, à partir du tournage deCeddo. Il tourne son premier et unique long métrage la même année : Résidence surveillée, une vive critique des hommes politiques africains, du régime de parti unique et des ingérences néocolonialistes dans un imaginaire Etat africain.
Il termine sa carrière avec deux documentaires : Birago Diop, conteur (1981), sur le pionnier des lettres africaines, et Iba N'diaye, peintre (1982), où le peintre évoque les grandes époques de sa vie.
Sidiki Bakaba, cinéaste, acteur et metteur en scène
Sidiki Bakaba, né en 1949 (Côte d’Ivoire) est un metteur en scène, acteur au théâtre dans une quarantaine de pièces et une dizaine de dramatiques filmées au cinéma.
Au cinéma, il reste inoubliable dans Bako, l’autre rive de Jacques Champreux (1979) et en 1987 dans Le Médecin de Gafiré de Moustapha Diop. Sans oublier ses rôles dans Visages de femmes (1972) de Désiré Ecaré, Mamy Wata (1990) de Moustapha Diop, Le Camp de Thiaroye (1987) de Sembène Ousmane, Iles de Tempête (2007) où il incarne le très célèbre Toussaint Louverture, Le Professionnel (1981) de Georges Lautner, avec Jean Paul Belmondo.
Ses Distinctions les plus prestigieuses : une vingtaine de distinctions dont en 1979 le Palmier d’or » d’interprétation pour « Bako, l’autre rive de Jacques Champreux, en 1985 Festival de Carthage Grand prix d’interprétation pour Le médecin de Gafiré de Moustapha Diop, 1987, prix du meilleur acteur à Alger pour le Médecin de Gafiré, 1992. Fait citoyen d’honneur de la ville de Louiseville aux U.S.A . Prix « voix de l’espoir » avec Les guérisseurs de Sidiki Bakaba au FESPACO, 1999 Prix UNESCO pour « les déconnards » de Koffi Kwahulé, 2001 prix UMOA pour Los palenqueros cimarron de Colombie avec Blaise N’jehoya au FESPACO, 2009 prix pour l’ensemble de sa carrière au festival Culturel panafricain d’Alger, en 2010, il est distingué pour l’ensemble de sa carrière par le BURIDA à Abidjan.
Le Nigeria, premier pays producteur de films
Nollywood est née dans les rues de Lagos grâce au commerce informel des vendeurs de rue à la fin des années 1980.
L’histoire du cinéma au Nigeria remonte au début de sa colonisation par les Britanniques. Son premier long métrage, Palaver a été réalisé en 1926 par Geoffrey Barkas avec des acteurs nigerians. Depuis lors, l’industrie a connu différentes phases de développement. Avec l’indépendance du pays en 1960 et le décret du chef d’Etat de l’époque, Yakubu Gowon, la propriété des cinémas a été transférée des étrangers aux Nigérians et les propriétés autochones ont commencer à prospérer, de plus en plus de films locaux apparaissant au box-office : La récolte de Kongi (1970), Ajami Ogun (1976) etc.
Le Nigeria produit près de deux mille films par an. Il est le deuxième producteur mondial en quantité, derrière l'Inde et Bollywood et devant les États-Unis[9]. Il s'agit de sorties directes de productions à petits budgets, pour plus de la moitié en langues locales, dont la qualité artistique est jugée « contestable » et la qualité technique trop basse pour une exploitation télévisuelle.
La production africaine est cependant capable de briller sur la scène internationale, comme dans les autres domaines artistiques, lorsque « la qualité, le genre, les thèmes des films prennent le pas sur des critères géographiques ou politiques », comme en témoigne sa présence dans les festivals internationaux tel celui de Sundance[10]
Parmi les cinéastes africains, le nombre de femmes est bien représenté. Les toutes premières sont sans doute en Egypte, un pays qui a connu le cinématographe dès les Frères Lumière et qui a été pendant plusieurs décennies un grand producteur de films au monde. Dès l’entre-deux-guerres, des actrices égyptiennes se lancent dans la réalisation de films. Aziza Amir, Fatma Rochdi, Assia Dagher, etc., sont parmi les premières à ne pas laisser la direction du tournage aux hommes. Un documentaire de Marianne Khoury, Ashikat Al-Cinema (Les Passionnées du Cinéma), leur rend hommage en 2002.
En Tunisie, au Maroc, en Algérie, les pionnières apparaissent après la Seconde Guerre mondiale, et plus encore, après l'indépendance, comme Kathoum Bornaz, Farida Bourquia, Farida Benlyazid, et Assia Djebar. En 2013, le film Yema18 de la réalisateur algérienne Djamila Sahraoui est présenté au festival de Venise et remporte l'étalon d'Argent de Yennenga au Fescapo. Une nouvelle génération suit avec, par exemple, Leïla Kilanil, Dalila Ennadre, etc., et plus récemment encore, Houda Benyamina, née en France, caméro d’or au festival de Cannes 2016[11].
La reconnaissance du cinéma africain
L'Afrique a donné des cinéastes talentueux malgré un système de production peu développé. Est-il nécessaire de citer les noms de Idrissa Ouedraogo ,Gaston Kaboré , Souleymane Cisse, Henri Duparc , Mohamed Camara, Ola Balogun...
En 2019, le Grand prix du jury, du 72ème festival de Cannes prime pour la première fois une réalisatrice noire : la Sénégalaise Mati Diop pour Atlantique (104’), film fantastique où les morts réclament justice et les femmes s’émancipent.
Aux Etats-Unis, entre la sortie du premier long métrage réalisé par un Africain-Américain et le succès planétaire de « Black Panther », un siècle s’est écoulé.. Le pionnier américain du cinéma noir, Oscar Micheaux, signait Within Our Gates, le plus ancien long-métrage réalisé par un cinéaste de la diaspora africaine aux États-Unis que l’on ait pu retrouver. Ce film apparaissait à son humble échelle comme une œuvre critique du célèbre Naissance d’une nation (D. W. Griffith, 1915).
À partir de la fin des années 1950, la suppression de la ségrégation raciale permit aux Noirs de fréquenter les cinémas jusque-là réservés aux Blancs sans pour autant que les productions africaines-américaines en bénéficient. Les colored theaters subsistants projettent d’ailleurs eux-mêmes essentiellement, comme toutes les salles, des films hollywoodiens grand public.
La révolution numérique a non seulement conduit à une certaine démocratisation du cinéma africain en faisant baisser les couts de production, mais elle a également ouvert de nouveaux débouchés pour la diffusion des films africains à travers les plateformes de streaming et les bouquets de chaînes payantes, qui pour la plupart sont gérées par des investisseurs étrangers qui ont décidé d’aller à la conquête du marché audiovisuel africain, attirés par les promesses d’un secteur considéré comme étant hautement stratégique et lucratif.
Euzhan Palcy, une réalisatrice pionnière
Euzhan Palcy est née en 1958 au Gros-Morne (Antilles). Connue pour ses films Une saison blanche et sèche et Rue Cases-Nègres, elle est la première réalisatrice noire à être produite par un studio hollywoodien, ce qui lui assure une reconnaissance internationale. Elle réalise un film sur l’Apartheid en Afrique du Sud . Euzhan Palcy est produite par une major hollywoodienne et devient la première femme à diriger l’icône Marlon Brando, lui permettan t d’être nommé aux Oscars en 1990.
Elle réalise plusieurs autres projets aux Etats-Unis et en France, dont un triptyque documentaire sur Aimé Césaire, une fiction sur la période coloniale à l’île de La Réunion (Les Mariées de l’Isle Bourbon), et le documentaire Parcours de dissidents, sur les résistants à Vichy qui ont fui les Antilles pour rejoindre les troupes alliées. Le film a aidé à les sortir de l’oubli.
[1] Les débuts du cinéma en Afrique. Festival Africlap. 23.05.2021
[2]Christiane Passevant et Larry Portis. Le défi du cinéma africain : entre le culturalisme et l'impérialisme. P 103-112
[3] Une partie des travaux sur les cinémas africains intègrent la production des diasporas africaines dans la production cinématographique globale.
[4] Cinedirectors Box Office Français en 1990 (archives)
[5] KOUYATÉ, Dani. Keïta, l’héritage du griot, long-métrage de fiction, Burkina Faso, 1995.
[6] Siegfried Forster, « Souleymane Cissé, le doyen du cinéma africain à Cannes sur RFI.fr, 12 mai 2015
[7] Claude Forest, L'industrie du cinéma en Afrique. Introduction thématique , Afrique contemporaine, no 238, 2011, p. 59-73
[8] Elisabeth Lequeret. Le cinéma africain. Cahiers du cinéma. Les petits cahiers. 2003 ; p 6
[9] Élisa Mignot, « Bienvenue à Nollywood, deuxième producteur mondial de films », Le Monde, 5 mai 2011
[10] Serge Noukoué, « Le cinéma africain sort du ghetto », Le Monde, 26 février 2015
[11] Brigitte Rollet, Dorine Ekwè et Patricia Caillé, « Cinéma », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, Editions des femmes, 2013, p. 912-955
Depuis plusieurs années, le cinéma africain est souvent présenté comme un des plus jeunes au monde alors que les caméras ont tourné depuis l’invention du cinéma. Se poser cette question laisse généralement la place à d’autres interrogations : comment définir le cinémas africain ? quelle est sa place dans l’histoire mondiale du cinéma ?
L’Egypte est pionnière dans l’exploitation et la production cinématographique sur le continent africain. La première salle est construite au Caire dès 1906 puis six autres salles cinq ans plus tard avant d’atteindre 80 salles dans tout le pays en 1917. Les premières projections de films commerciaux sont données au Zavani Café à Alexandrie. Elles étaient d’abord destinées aux colons installés sur le continent et produites dans des lieux interdits aux Africains à cette époque : les cafés, les magasins, les théâtres. les Africains s’approprient, pour la première fois, les images et les sons de leurs pays, par les premiers courts métrages des premiers réalisateurs. Ils voient pour la première fois, sur les écrans, quelques reflets de leurs pensées, de leurs sentiments et de leurs désirs.
Un cinéma est ouvert à la Mairie de St Louis (Sénégal) le 1er janvier 1898 au prix de 3 f la chaise, 2 f le banc et 1 f la place debout. (…) En 1894, le Théâtre Diorama lumineux de St Louis annonçait, une tournée par la ligne de chemin de fer jusqu’au 2e arrondissement (Dakar et Gorée).
Les opérateurs des frères Lumière ont choisi des pays africains dont le pays du soleil couchant, pour mener quelques expériences. Avec ingéniosité et savoir-faire, les techniciens ont introduit le cinéma. En 1896, ils débarquèrent le premier tournage au Maroc, avec « Le Chevrier marocain » de Louis Lumière. Pour combler le rêve exotique d’un public avide de sensations, les premiers films tournés en Afrique par les réalisateurs européens recherchaient la nature sauvage, le détail de l’étrange, insondable et mystérieux. Les premières projections étaient réalisées par des forains, des marchands diffusant des films dans des lieux d’attraction.
Jean Rouch, selon lui, des cinémas ambulants « projetaient les premières bandes animées à Dakar et dans les environs » dès 1905. Pour les Occidentaux, le cinéma ethnographique de Jean Rouch, le « cinéaste des griots », a été essentiel dans la connaissance du continent noir et des potentiels cinématographiques qu'il recelait. L'importance de Jean Rouch est indéniable, mais son influence est néanmoins contestable. Med Hondo, par exemple, est « totalement opposé au cinéma de Jean Rouch ». Il met « met en exergue une soi-disant spécificité culturelle africaine qui nous ridiculise. [...]
Autre témoignage vivant, Amadou Hampâté Bâ (écrivain, historien, anthropologue et philosophe malien, 1901-1991) se souvient de sa première expérience lorsque « En 1908, un Européen venait à Bandiagara [Mali] pour y projeter un film. » (« Le dit du cinéma africain » 1967). Lors des entretiens de Conakry consacrés au cinémal, le docteur Gabriel Sultan (1917-2018) décrit vers les années 1920, l’arrivée par le train d’un projectionniste à Mamou, petite ville de Guinée, avec sa « machine », ses bandes, son groupe électrogène et ses chaises pliantes. [1]
Il faudra attendre les années 1930 et surtout l’après guerre, pour que s’organisent de réels circuits cinématographiques, à but lucratif, supposant autorisations et contrôles administratifs, trajets répétés et projections de films de fiction, mêlés à de la publicité ou de la propagande coloniale. Parrallèlement des missionnaires assurent des tournées à but essentiellement politique ou éducatif.
Le constat est clair : on ne peut pas parler d'industrie cinématographique africaine, et cela pour plusieurs raisons. La saturation du marché par les films commerciaux des pays industrialisés, les États-Unis et la France, tend à façonner ce dernier selon des critères qui freinent le développement d'une industrie cinématographique africaine. Par ailleurs, les films africains, réalisés grâce à l'aide de la coopération étrangère, connaissent surtout du succès en « métropole », c'est-à dire en Europe. D'où cette interrogation : les cinéastes africains prennent-ils en compte le fait que leur véritable public n'est pas africain ?[2] ou bien, les cinéastes africains sont effectivement enfermés dans un état de dépendance financière qui nuit à leur expression créatrice ?
Dans les pays de l'Afrique anglophone, la situation n'est pas différente. Là aussi, les films nord-américains envahissent les salles de cinémas. Il n'y a guère qu'au Ghana et au Nigeria où l'on puisse parler de l'amorce d'une industrie cinématographique indépendante, c'est-à-dire sans subventions de l'État.
Le cinéma de la diaspora
Pour la diaspora africaine, le cinéma brésilien date de la fin du XIXe siècle. Peu après l’invention des frères Lumière, la projection d’un film a lieu à Rio de Janeiro, le 8 juillet 1896. Un an plus tard, une salle de cinéma permanente existe déjà à Rio. Les premiers films brésiliens sont créés dès 1897. Le film Vista da baia da Guanabara (Vue de la baie de Guanabara) est tourné en 1898 par l’Italien Alphonso Segreto à son retour d’Europe à bord du bateau Brésil et présenté le 19 juin, jour considéré depuis comme le jour du Cinéma brésilien, quand bien même l’existence de ce film reste incertaine.
LES FILMS TOURNES PAR DES AFRICAINS
Les premières séances de cinéma en Afrique datent de 1905 en Égypte et dans les années 1920 en Afrique subsaharienne. Les séances ont lieu dans des théâtres urbains et sous forme de projections itinérantes dans les zones rurales. Concernant la création, « le premier film tourné par un Africain est sans doute Zohra (1922), une production tunisienne, bientôt suivie de La fille de Carthage (1924), Leila (1926) et de Zainab (1926)
La recherche historique sur les cinémas africains est confrontée, à la difficulté de s’appuyer sur des données du réel au sens de l’École des Annales. Les historiens sont clairement confrontés à un problème d’identification et de constitution de leurs corpus, archives et cinémathèques inexistantes ou dans un état précaire. Parfois, les statuts juridiques des films ou des auteurs sont indéterminés. Les films africains ne sont guères accessibles depuis l’Afrique, sinon à travers les réalisateurs et producteurs eux-mêmes, vivant et travaillant sur le continent mais aussi, souvent, depuis l’extérieur[3].
Le premier film africain tourné par un africain est Rasalama Maritiora, un documentaire sur Rafaravavy Rasalama, première martyre chrétienne Malgache réalisé en 1937 par Philippe Raberojo[4]. En 1955, l’histoire africaine du cinéma d'Afrique subsaharienne commence, soixante ans après l'invention du Cinématographe Lumière. Avec les moyens qui sont les siens, le continent fait preuve d’une inventivité remarquable. Depuis quarante ans, de « Nollywood » (Nigeria) à « Ghallywood » (Ghana) en passant par le Kenya ou l’Éthiopie, des industries prolifiques ont émergé dans divers pays. Mais en ce qui concerne l'Afrique noire francophone, le pionnier en est le Sénégalais (Béninois de naissance) Paulin Soumanou Vieyra, également premier historien des cinémas africains. D'abord écrivain, son compatriote Sembène Ousmane, donne l'exemple d'une production africaine engagée et n'hésite pas à utiliser les langues vernaculaires. Djibril Diop Mambety sera le second grand nom du cinéma sénégalais. Les autres pays actifs sont le Niger (avec Oumarou Ganda), le Mali, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, et surtout le Burkina Faso) qui crée dès 1969 le FESPACO1 (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou).
Les années 1950
1955 : un moyen métrage de 21 minutes, réalisé par Paulin Soumanou Vieyra et Mamadou Saee, marque la naissance du cinéma d’Afrique noire. Avec Afrique-sur-Seine, deux Africains, passent pour le première fois derrière la caméra.
Paulin Soumanou Vieyra réalise en 1955, à Paris, le premier film africain. "L'Afrique est-elle sur les bords de Seine ?" A l'image des étudiants qu'il suit dans leur quotidien d'études, de rencontres et d'incertitudes, le film pose la question de l'avenir d'un continent toujours colonisé et témoigne pour la première fois de la présence africaine à Paris. Emmené par le Groupe Africain de cinéma composé de cinéastes du Sénégal et du Danhome, le film interroge déjà l'émigration ; un thème largement partagé par les réalisateurs du continent qui imposent leurs réalités africaines. Plus de dix ans après Afrique sur Seine, La Noire de... de Ousmane Sembene sera considéré comme le premier long métrage d'Afrique subsaharienne.
De 1955, date de la réalisation du premier film d’Afrique noire francophone, Afrique sur scène, à aujourd’hui, les cinéastes africains ont réalisé des films en quantité et en qualité. Le style narratif de certains repose sur l’oralité, tandis que d’autres s’appuient sur le modèle narratif littéraire classique. Issus d’une société dans laquelle le griot a été le seul média de base, les cinéastes africains ont tendance à créer leurs esthétiques sur le modèle des pratiques orales du griot. Dans sa narration, le griot incarne ses personnages pour énoncer son récit, alors que le filmagriote utilise les techniques cinématographiques pour son énonciation. Dans Keïta, l’héritage du griot (film du réalisateur et griot burkinabé Dani Kouyaté[5]), on relève deux performances en situations : d’abord celle du griot que Ford Abiyi évoque sous plusieurs aspects, dont le milieu de prestation, l’énoncé du conte et les éléments d’accompagnement de la narration. Les éléments d’accompagnement peuvent être des instruments de musique, le feu de bois, l’arbre à palabres ou la fin de la journée.
Depuis les cinémas des années 1960 avec les grands cinéastes de l’Afrique noire comme Ousmane Sembène, Oumatou Ganda, Ababacar Samb, qui ont ouvert les portes d’un autre monde, « un monde riche de spiritualité et d’imaginaire, un monde où la dignité n’est pas un vain mot », nous découvrons un monde qui n’a pas fini de livrer ses richesses.
Les années 1960 -1970
Sur le continent africain, 1960 marque l’aube de l’ère des indépendances : une page s’ouvre dans l’histoire du continent et, pour la première fois depuis longtemps, ce sont les Africains qui la tournent. Après l’indépendance, Ouagadougou (Burkina Faso) devient un des pôles mondiaux du cinéma. En 1969, le premier Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (Fespaco) est créé. Année d’effervescence dans le monde du cinéma africain, 1970 voit également la profession commencer à se structurer par la création de la Fédération Panafricaine de Cinéates, qui réunit 33 pays et dont le but est de protéger les cinémas nationaux naissants.
Gaston Kaboré est membre membre du jury à la Biennale de Venise en 1994 et au Festival de Cannes en 1995. Son premier film Wend Kuuni a été primé dans le monde entier, recevant notamment le César du Meilleur Film Francophone en France en 1985 tandis que son dernier long métrage intitulé Buud Yam a reçu l'Etalon de Yennenga le 15ème grand prix du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou en 1997.
Dans la période 1970-1980, des cinémas africains et en particulier, le secteur de l’exploitation, on observe une grande poussée des salles de cinéma partout sur le continent. On pouvait compter une moyenne de 60 salles par pays avant leur fermeture progressive à partir de 1990, due à l’avènement de la vidéo.
Diffusé en Afrique et en Europe, où il est surtout apprécié des cinéphiles avertis, « Yam Daabo » est récompensé par huit prix lors du Xe Fespaco, en 1987. C’est le début de la consécration. En 1989, son deuxième long métrage, « Yaaba » qui raconte l’amitié insolite d’un petit garçon pour une vieille, mise en quarantaine par le village, reçoit le Prix de la Critique Internationale au 42e festival de Cannes. Mais la distinction suprême : le Grand Prix du Jury du 43e festival de Cannes reviendra à Idrissa Ouedraogo (1990) pour son film « Tila¨ » (« La Loi »).
Né en 1940, Cissé fait partie de la deuxième génération des cinéastes africains (Sembène Ousmane, le doyen, Oumarou Ganda en 1035, Med Hondo en 1936). En 1960, quand son pays a accédé à l’indépendance, Cissé organise des projections de films pour des mouvements d’étudiants. Il réalise un film documentaire sur l’arrestation de Patrice Lumumba qui déclenche réellement sa volonté de faire du cinéma. En 1963, il obtient une bourse pour suivre un stage de projectionniste puis des études de cinéma à l'Institut des Hautes Etudes Supérieures de la Cinématographie de Moscou. Dans Waati, Souleymane Cisse dresse un portrait impitoyable de l’Afrique de son film, qui priva de ses droits les plus stricts quatre-vingt pour cent de la population. Souleymane Cissé tourne son premier moyen métrage, Cinq jours d’une vie, en 1971. Le film relate l’histoire d’un jeune qui abandonne l’école coranique et vagabonde dans les rues, vivant de menus larcins. L'œuvre est primée aux Journées cinématographiques de Carthage.[6]
Des années 1990 à nos jours
Dès les années 1990, la production cinématographique s'effondre. Les salles de cinéma ferment au point que certains pays n'ont actuellement plus aucune salle de cinéma sur leur territoire. Le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), un des plus grands festivals africains, dont la 24e édition s'est tenue en 2015, tente de préserver et promouvoir le cinéma africain[7]
Le cinéma africain fête ses 50 ans dans un monde qui n’est plus celui des rêves d’après l’indépendance. Des problèmes financiers et politiques perturbent la marche d’un cinéma qui n’est plus une priorité. Les salles sont fermées ou transformées en magasins de riz.
En 1993, le film d’Idrissa Ouedraogo « Samba Traoré » dont le héros est un gangster en cavale qui va se cacher au village. Ce film, qui dénonce la corruption de la ville, obtient l’Ours d’Argent au festival de Berlin.
Rien ne laissait présager que Ouagadougou deviendrait un des pôles mondiaux du cinéma. Le Burkina Faso n’avait guère d’illusion à entretenir dans ce domaine : le septième art est une industrie nécessitant des moyens financiers colossaux. La victoire du festival Fespaco aura un grand retentissement dans toute l’Afrique et provoque une prise de conscience des hauts responsables des différents pays, soucieux de « décoloniser les écrans africains ».
Le marché international du film de l’Afrique centrale, organisé par l’association Ecrans Noirs s’est officiellement ouvert lundi le 03 septembre 2022 au musée national de Yaoundé. L’évènement qui vise à accroitre la visibilité et l’accessibilité du meilleur de la production cinématographique et audiovisuelle de l’Afrique centrale, a rassemblé des cinéastes, diffuseurs et distributeurs autour des échanges sur les contenus de production cinématographiques et des politiques de distribution.
Le Maroc, terre de culture et de cinéma
Le Maroc est également une terre de culture et de cinéma. Le premier long métrage marocain est diffusé en 1958, réalisé par Mohamed Ousfour : Le Fils maudit. Dans les années qui ont suivi, le Maroc crée plusieurs festivals du cinéma :
. 1968 : Premier Festival du film méditerranéen à Tanger . Le festival se tient aujourd’hui à Tétouan
. 1982 : Premier Festival national du film à Rabat.
. 2001, la Première édition du Festival international du film de Marrakech voit le jour
La variété des paysages et de l’architecture, la lumière et ses nuances sont les principales raisons de l’ engouement pour le tournage de films au Maroc. On peut citer comme films tournés en totalité ou en partie au Maroc : Ali Baba et les Quarante Voleurs (1954), L’homme qui en savait trop (1956), Lawrence d’arabie (1962), Sodome et Gomorrhe (1962), Cent mille dollars au soleil (1964), L’Homme qui voulut être roi (1975), Harem (1985), Le Diamant du Nil (1986), Tuer n’est pas jouer (1987), La Dernière Tentation du Christ (1988), Les Chemins de la liberté (2010)

Affiche du film Laurence d’Arabie
Le film est tourné au Maroc. En 1916, le jeune officier britannique T. E. Lawrence est chargé d'enquêter sur les révoltes arabes contre l'occupant turc. Celui qu'on appellera plus tard "Lawrence d'Arabie"
LE CINEMA AU TEMPS DES COLONIES
Dès l’invention du cinématographe, des opérateurs sont envoyés en Afrique et partout dans le monde pour en rapporter des images lointaines et inhabituelles. En Afrique comme ailleurs, les projections rencontrent un grand succès et se généralisent rapidement, d’abord sous forme ambulante. Le cinéma colonial allie exotisme, ethnocentrisme et propagande (nature contre culture, sauvage contre civilisé, groupe contre individu, croyance contre science, etc.).
Une industrie se met toutefois en place dans certains pays, notamment en Egypte et Afrique du Sud :
1895 – Projections sur écran de « vues photographiques animées », en novembre par les frères Skladanowsky à Berlin, en décembre par les Frères Lumière à Paris
1896 – Les opérateurs Lumière tournent des films courts en Afrique.
1895 – A la découverte du monde. Une femme ouolove, de Félix Regnault (France) sur une potière sénégalaise. A partir de 1908, Albert Kahn rend compte des cultures d’une soixantaine de pays.
1896 – Projections en Afrique du Sud, en Egypte.
Le cinéma fut davantage une arme au service de la colonisation qu’un instrument de divertissement en Afrique. Le film était qu’un outil de propagande parmi d’autres. Les multiples usages qu’en faisaient les acteurs de la colonisation (administrateurs, missionnaires et colons), chacun, en fonction de ses objectifs avoués, soulignent en effet le dévoiement de la fonction première de ce médium.
Au début du XXe siècle, l’imagerie de la noirceur dans les films était encore imprégnée de racisme et de sentiments anti-noirs. C’était encore une époque où, s’il y avait un personnage de couleur, c’était un acteur blanc au visage noir/brun/jaune et dépeint de manière profondément offensante et dangereuse. Il suffit de regarder Naissance d’une nation, un film qui est toujours considéré comme l’un des plus importants, sinon le plus important, de l’histoire du cinéma. Ce film, dont on vante l’importance, présente les Noirs comme des objets serviles ou des bêtes destinées à détruire la civilisation blanche ? Le film Naissance d’une nation n’est malheureusement pas l’exception, mais établit plutôt la règle de la représentation dans les premiers temps du cinéma.
Dans la première version de La Case de l’Oncle Tom (1903), tirée du roman de Harriet Beecher-Stowe. L’Oncle Tom est joué par un comédien blanc grimé en nègre, dans la pure tradition des spectacles de music-hall, les « Minstrels Show », inspirés du folklore sudiste très en vogue au XIXe siècle. Un décor de champ de coton, un marché d’esclaves… Son maître fouette à mort le vieil Oncle Tom sans que sa maîtresse parvienne à le sauver, et un ange passe furtivement en haut à droite de l’écran.
Autre stéréotype apparu dès 1914 (Coon Town Suffragettes), le personnage de la nounou aux formes arrondies, qui exerce une autorité bourrue et affectueuse sur les enfants de la famille qu’elle élève. Elle est immortalisée dans Le Bruit et la fureur (The Sound and the fury) ou dans Autant en emporte le vent (Gone with the wind), qui a révélé la comédienne Hattie Mc Daniel, devenue la plus célèbre des « Mammy » noires, Oscar du meilleur second rôle féminin.
En 1916, deux frères, George Perry Johnson et Noble Johnson (un acteur sous contrat chez Universal Pictures), décident de fonder la Lincoln Motion Picture Company. Ils tournent alors plusieurs mélodrames destinés à la classe moyenne, comme The Realisation of a Negro’s Ambition (1916), The Trooper of Troop K (1917), sans oublier leur film le plus célèbre, The Birth of a Race (1918). Dans les films des frères Johnson, on peut voir des soldats, des familles, des héros afro-américains – autant d’entités jusqu’alors presque absentes du grand écran.
Dans les années 1920, le reportage colonial triomphe. Cette production poursuit de multiples objectifs, pù pédagogie, tourisme visuel et propagande échangent volontiers leurs attributs : il s’agit autant de familiariser les spectateurs de métropole avec les habitants et les territoires coloniaux que de satisfaire leur désir de dépaysement. A quoi s’ajoute, pendant la Première Guerre mondiale, une visée pus frontalement politique : prouver que l’Empire n’établit aucune distinction entre ses enfants. Dans tous les cas, l’idéologie Banania prévaut : les Noirs sont présentés comme de grands enfants que la France a le devoir d’éduquer : en vertu de quoi il lui donneront leur force pataude ou ce supplément d’innocence que le monde moderne est censé leur envier.[8]
Dans les années 1940, le bon noir est toujours serveur, valet ou musicien à Hollywood mais la musique afro-américaine est à l’honneur. « Billie Holiday, à qui on a proposé des rôles à Hollywood, refuse toute proposition tant que les clichés n’auront pas évolué », raconte Emilie Pianta-Essadi. On peut cependant la voir dans New-Orleans (1947) d’Arthur Lubin, qui passe pour le plus grand film musical de tous les temps. Femme de chambre, elle emmène sa maîtresse admirative au cabaret où elle chante la nuit accompagnée par Louis Armstrong et son orchestre.
Le cinéma permet de ramener l’Afrique vers l’Occident. Ainsi s’exhibe, sous sa double face, la logique coloniale. Passerelles dont l'ethnologue français Marcel Griaule lui-même ne se prive pas : dans Techniques chez les Noirs (1939), il filme la construction de la case à palabres, le forgeron au travail, le tissage des nattes, la culture de l’oignon, « comparable à celle de nos potagers traditionnels ». Moins étouffés par la bonne conscience, les Britanniques, adeptes du plan large plutôt que des plans rapprochés sur des bustes nus et sans tête, manifestent pour les populations filmées un intérêt dépassant le folklore, là où les Français persistent à ne voir que grands enfants hilares et timides négresses. Dans Danses religieuses (1929), le réalisateur néerlandais Willy Mullens filme deux fillettes subissant un rite initiatique. Au moment où l’assistance entre en transe, la caméra plonge dans le groupe. Pour retrouver, en France, l’intensité de ce cinéma, il faudra attendre le cinéaste-ethnologue Jean Rouch et ses Maîtres fous (1955).
Avec les Indépendances des pays africains, des cinéastes africains émergent et cherchent à se regrouper. L’heure est au panafricanisme, que concrétiseront les festivals créés à Tunis et Ouagadougou. L’enjeu est de décoloniser les écrans autant que les esprits, mais les enjeux économiques et politiques sont de taille.
Hollywood et le vodun
Au fil des siècles, le vodun a à la fois terrifié et intrigué ceux qui entrent en contact avec lui. Avec l’aide d’Hollywood et de films tels que ‘Le zombie blanc’ (1932) ou ‘La nuit des morts-vivants’ (1968), les zombies sont devenus, connus comme des cadavres ramenés d’entre les morts. Le vodun est déclaré comme quelque chose de malveillant et de dangereux.
Plus récemment, les images du film « Vivre et laisser mourir », le fameux James Bond incarné par Roger Moore, James Bond 007 affronte un ennemi sans pitié, le docteur Kananga, zombie du Baron Samedi, le Pince des Ténèbres. Sur fond d’une musique signée Paul Mc Cartnay, l’agent de sa gracieuse majesté rencontre une version totalement abominable et atroce du vodun. Morts vivants, serpents, meurtres rituels, tombes ouvertes, rien ne manque pour présenter un cliché d’un bien mauvais gout quand on se prend à comparer cette comédie à l’accueil bienveillant et fraternel dans les temples vodun que réservent les initiés à leurs hôtes.
Djimon Hounsou est l’un des acteurs noirs les plus connus d’Hollywood. Il a joué dans Gladiator aux côtés de Russell Crowe, dans Amistad de Steven Spielberg et dans Blood Diamond avec Leonardo di Caprio. Après 4 ans de tournage, Djimon Hounsou a réalisé le projet qui lui tenait le plus à cœur : raconter une meilleure histoire du vodun. Dans un documentaire, qui n’est en réalité qu’un voyage initiatique dans les méandres religieux du culte vodun, il entraîne le spectateur à la rencontre du vodun .Pour le réalisateur, il fallait éclaircir ce qui définit l’esprit du vodun et dédiaboliser les adeptes souvent qualifiés de « sauvages » ou de « sorciers ».
PAULIN SOUMANOU VIEYRA, LE PERE FONDATEUR DU CINEMA
Né en 1925 au Bénin et décédé à Paris en 1987, Paulin Soumanou Vieyra, est considéré comme le père du cinéma d'Afrique subsaharienne. Il réalise une trentaine de documentaires et un long métrage. Ami d'Ousmane Sembene qu'il accompagne à ses débuts, Paulin Soumanou Vieyra est également l'auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma africain et a été souvent l'invité de festivals de renom : Cannes, Venise, Fespaco, Carthage...
Premier Africain diplômé de l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques (IDHEC), aujourd’hui (FEMIS), il tourne en 1955 Afrique-sur-Seine, film culte qui marque les débuts du cinéma africain. Il est le mentor de grandes figures du septième art, telles que Ousmane Sembène, Djibril Diop Mambéty, Ababacar Samb Makharam.
Paulin Vieyra coréalise avec Mamadou Sarr Afrique-sur-Seine (1955), un court métrage en 16 mm noir et blanc, qui parle du déracinement et de la solitude des jeunes Africains, du clochard à l'étudiant en passant par les travailleurs, exilés dans le Paris des années 1950. Après ce court métrage, qui marque les débuts du cinéma africain, le réalisateur retourne à Dakar en 1957 pour Le Pêcheur, qui ne sera achevé que dix ans plus tard. Au Sénégal, Paulin Saumanou Vieyra travaillera pour le ministère de l'Information. Sa première mission fut d'organiser le service cinéma et les Actualités sénégalaises. Pour fêter le premier anniversaire de l'indépendance du Sénégal, il réalise en 1961 Une nation est née, évocation historique de la période coloniale, de la libération du pays et des tâches qui attendent désormais les Sénégalais. Avec Lamb (1963), présenté en compétition au Festival de Cannes en 1964, le cinéaste s'attache cette fois à illustrer, en mêlant fiction et réalité, la pratique sportive et rituelle de la lutte traditionnelle sénégalaise. En 1964, Paulin Soumanou Vieyra tourne Sindliély, inspiré d'une œuvre dramatique qui dénonce les mariages forcés.

Camp de Thiaroye – Sembene Ousmane
Dans la même veine, il signe Avec l'ensemble national, film de ballets illustrant la culture et la vie artistique sénégalaise. Après Ecrits du Caire (1964), documentaire mêlé de fiction sur Le Caire, il réalise Ndiongane (1965), adapté d'un conte de Birage Diop. Dans Môl (1966), un docu-fiction, un jeune pêcheur rêvant de moderniser sa barque, suscite un conflit entre les valeurs traditionnelles et la notion moderne de progrès. En 1967, à l'occasion de l'Exposition universelle de Montréal, il tourne quatre films de soixante secondes (La Bicyclette, Le Gâteau, Au marché et Rendez-vous) qui déploient chacun une idée originale. Il devient producteur sur plusieurs films de Ousmane Sembène (Le Mandat (1968), Taaw (1970), Xala (1974) et Ceddo (1976)), et auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma. Paulin Vieyra renoue avec le cinéma en 1981, avec L'envers du décor (1980), making-off sur le travail d'Ousmane Sembène, à partir du tournage deCeddo. Il tourne son premier et unique long métrage la même année : Résidence surveillée, une vive critique des hommes politiques africains, du régime de parti unique et des ingérences néocolonialistes dans un imaginaire Etat africain.
Il termine sa carrière avec deux documentaires : Birago Diop, conteur (1981), sur le pionnier des lettres africaines, et Iba N'diaye, peintre (1982), où le peintre évoque les grandes époques de sa vie.
Le Nigeria, premier pays producteur de films
Nollywood est née dans les rues de Lagos grâce au commerce informel des vendeurs de rue à la fin des années 1980.
L’histoire du cinéma au Nigeria remonte au début de sa colonisation par les Britanniques. Son premier long métrage, Palaver a été réalisé en 1926 par Geoffrey Barkas avec des acteurs nigerians. Depuis lors, l’industrie a connu différentes phases de développement. Avec l’indépendance du pays en 1960 et le décret du chef d’Etat de l’époque, Yakubu Gowon, la propriété des cinémas a été transférée des étrangers aux Nigérians et les propriétés autochones ont commencer à prospérer, de plus en plus de films locaux apparaissant au box-office : La récolte de Kongi (1970), Ajami Ogun (1976) etc.
Le Nigeria produit près de deux mille films par an. Il est le deuxième producteur mondial en quantité, derrière l'Inde et Bollywood et devant les États-Unis[9]. Il s'agit de sorties directes de productions à petits budgets, pour plus de la moitié en langues locales, dont la qualité artistique est jugée « contestable » et la qualité technique trop basse pour une exploitation télévisuelle.
La production africaine est cependant capable de briller sur la scène internationale, comme dans les autres domaines artistiques, lorsque « la qualité, le genre, les thèmes des films prennent le pas sur des critères géographiques ou politiques », comme en témoigne sa présence dans les festivals internationaux tel celui de Sundance[10]
Parmi les cinéastes africains, le nombre de femmes est bien représenté. Les toutes premières sont sans doute en Egypte, un pays qui a connu le cinématographe dès les Frères Lumière et qui a été pendant plusieurs décennies un grand producteur de films au monde. Dès l’entre-deux-guerres, des actrices égyptiennes se lancent dans la réalisation de films. Aziza Amir, Fatma Rochdi, Assia Dagher, etc., sont parmi les premières à ne pas laisser la direction du tournage aux hommes. Un documentaire de Marianne Khoury, Ashikat Al-Cinema (Les Passionnées du Cinéma), leur rend hommage en 2002.
En Tunisie, au Maroc, en Algérie, les pionnières apparaissent après la Seconde Guerre mondiale, et plus encore, après l'indépendance, comme Kathoum Bornaz, Farida Bourquia, Farida Benlyazid, et Assia Djebar. En 2013, le film Yema18 de la réalisateur algérienne Djamila Sahraoui est présenté au festival de Venise et remporte l'étalon d'Argent de Yennenga au Fescapo. Une nouvelle génération suit avec, par exemple, Leïla Kilanil, Dalila Ennadre, etc., et plus récemment encore, Houda Benyamina, née en France, caméro d’or au festival de Cannes 2016[11].
La reconnaissance du cinéma africain
L'Afrique a donné des cinéastes talentueux malgré un système de production peu développé. Est-il nécessaire de citer les noms de Idrissa Ouedraogo ,Gaston Kaboré , Souleymane Cisse, Henri Duparc , Mohamed Camara, Ola Balogun...
En 2019, le Grand prix du jury, du 72ème festival de Cannes prime pour la première fois une réalisatrice noire : la Sénégalaise Mati Diop pour Atlantique (104’), film fantastique où les morts réclament justice et les femmes s’émancipent.
Aux Etats-Unis, entre la sortie du premier long métrage réalisé par un Africain-Américain et le succès planétaire de « Black Panther », un siècle s’est écoulé.. Le pionnier américain du cinéma noir, Oscar Micheaux, signait Within Our Gates, le plus ancien long-métrage réalisé par un cinéaste de la diaspora africaine aux États-Unis que l’on ait pu retrouver. Ce film apparaissait à son humble échelle comme une œuvre critique du célèbre Naissance d’une nation (D. W. Griffith, 1915).
À partir de la fin des années 1950, la suppression de la ségrégation raciale permit aux Noirs de fréquenter les cinémas jusque-là réservés aux Blancs sans pour autant que les productions africaines-américaines en bénéficient. Les colored theaters subsistants projettent d’ailleurs eux-mêmes essentiellement, comme toutes les salles, des films hollywoodiens grand public.
La révolution numérique a non seulement conduit à une certaine démocratisation du cinéma africain en faisant baisser les couts de production, mais elle a également ouvert de nouveaux débouchés pour la diffusion des films africains à travers les plateformes de streaming et les bouquets de chaînes payantes, qui pour la plupart sont gérées par des investisseurs étrangers qui ont décidé d’aller à la conquête du marché audiovisuel africain, attirés par les promesses d’un secteur considéré comme étant hautement stratégique et lucratif.
Euzhan Palcy, une réalisatrice pionnière
Euzhan Palcy est née en 1958 au Gros-Morne (Antilles). Connue pour ses films Une saison blanche et sèche et Rue Cases-Nègres, elle est la première réalisatrice noire à être produite par un studio hollywoodien, ce qui lui assure une reconnaissance internationale. Elle réalise un film sur l’Apartheid en Afrique du Sud . Euzhan Palcy est produite par une major hollywoodienne et devient la première femme à diriger l’icône Marlon Brando, lui permettan t d’être nommé aux Oscars en 1990.
Elle réalise plusieurs autres projets aux Etats-Unis et en France, dont un triptyque documentaire sur Aimé Césaire, une fiction sur la période coloniale à l’île de La Réunion (Les Mariées de l’Isle Bourbon), et le documentaire Parcours de dissidents, sur les résistants à Vichy qui ont fui les Antilles pour rejoindre les troupes alliées. Le film a aidé à les sortir de l’oubli.
[1] Les débuts du cinéma en Afrique. Festival Africlap. 23.05.2021
[2]Christiane Passevant et Larry Portis. Le défi du cinéma africain : entre le culturalisme et l'impérialisme. P 103-112
[3] Une partie des travaux sur les cinémas africains intègrent la production des diasporas africaines dans la production cinématographique globale.
[4] Cinedirectors Box Office Français en 1990 (archives)
[5] KOUYATÉ, Dani. Keïta, l’héritage du griot, long-métrage de fiction, Burkina Faso, 1995.
[6] Siegfried Forster, « Souleymane Cissé, le doyen du cinéma africain à Cannes sur RFI.fr, 12 mai 2015
[7] Claude Forest, L'industrie du cinéma en Afrique. Introduction thématique , Afrique contemporaine, no 238, 2011, p. 59-73
[8] Elisabeth Lequeret. Le cinéma africain. Cahiers du cinéma. Les petits cahiers. 2003 ; p 6
[9] Élisa Mignot, « Bienvenue à Nollywood, deuxième producteur mondial de films », Le Monde, 5 mai 2011
[10] Serge Noukoué, « Le cinéma africain sort du ghetto », Le Monde, 26 février 2015
[11] Brigitte Rollet, Dorine Ekwè et Patricia Caillé, « Cinéma », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, Editions des femmes, 2013, p. 912-955


