Jean-Luc Burger - De l'Afrique, tout est parti - Meet Art Concept
Longtemps ignorée, sinon franchement méconnue, l’Afrique s’est imposée de plus en plus pour devenir incontournable. Terre des plus fortes sécheresses ou des plus fortes humidités, terre du ‘’tout minéral’’ ou du ‘’tout végétal’’, l’Afrique offre au monde toute une gamme de réalités contrastées. Exubérance de la végétation ou au contraire absence de végétation, pluies constantes ou abondantes ou aridité, saison sèche ou saison des pluies, l’Afrique fait coexister les contraires sur toute l’étendue de sa terre.
Il n’y a pas une mais des Afriques. Elles offrent les figures changeantes d’un vivant kaléidoscope. L’Afrique est aussi le poumon écologique de la planète.
L’Afrique est un continent qui couvre 6 % de la surface de la Terre et 20 % de la surface des terres émergées. Sa superficie est de 30 415 873 km2 avec les iles, ce qui en fait la troisième mondiale si l'on compte l'Amérique comme un seul continent. Avec plus de 1,3 milliard d'habitants, l'Afrique est le deuxième continent le plus peuplé après l'Asie et représente 17,2 % de la population mondiale en 2020 mais seulement 3% du PIB mondial. Selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, le continent abrite 54 % des réserves mondiales de platine, 78 % de diamants, 40 % de chrome et 28 % de manganèse. L’Afrique ne profite pas vraiment de ses richesses.
Le continent est bordé par la mer Méditerranée au nord, le canal de Suez et la mer Rouge au nord-est, l’océan Indien au sud-est et l’océan Atlantique à l’ouest. Ses forêts couvrent 22% du continent (et même 45% de l’Afrique centrale, en particulier avec le bassin du Congo, deuxième forêt tropicale du monde), dépendent la maitrise des gaz à effet de serre, la protection de la diversité, la stabilisation des sols, la qualité et l’écoulement des eaux. L’Afrique de l’Est a été connectée à des réseaux d’échange océaniques depuis le IIe millénaire av. J.-C. et incluse dans un système-monde afro-eurasien où elle forma une périphérie depuis le début du premier millénaire de l’ère chrétienne, puis une semi-périphérie à partir du Xe siècle[1].
L’Afrique est une terre riche en histoire et en culture. Depuis des milliers d’années, les Africains ont inventé et innové des technologies qui ont changé le monde. De l’agriculture à l’architecture, en passant par l’astronomie et la médecine, les inventions et innovations africaines ont eu un impact durable sur le monde entier.
La diversité est présente, car si nous rencontrons des disparités de comportements entre les personnes issues du milieu urbain et celles vivant en milieu rural, entre personnes de différentes catégories sociales, religieuses et ethniques, les moments forts de la vie les amènent à se rencontrer et à partager les mêmes préoccupations. Le continent africain regroupe différents peuples et cultures, qui s’expriment à travers une importante diversité de langues et de dialectes. L’Afrique connaît en effet de très nombreuses langues, qui diffèrent parfois au sein d’un seul et même pays. Parmi les milliers de langues existantes en Afrique, seules quelques-unes sont vraiment parlées sur le continent : l'arabe, l'afrikaans, l'amharique, le lingala, le somali, le swahili, le yoruba.
Au Nigier, pays de l’Afrique de l’Ouest, situé entre l’Algérie, le Bénin, le Burkina Fasso, le Tchad, le Lybie, le Mali et le Nigéria, les fidèles des communautés mulsulmane, chrétienne et animiste cohabitent pacifiquement. La situation géographique du Niger fait de lui un carrefour d’échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique au Sud du Sahara
Les gens ont souvent des besoins simples et des cœurs immenses. On accepte le destin avec élégance et grâce. La vie fait le bonheur pour l’Africain. La convivialité est importante : il suffit d’être sur place pour être invité dans la mesure où l’Africain considère que chaque instant de la vie est un moment qu’il faut vivre, il est ouvert à l’autre. L’hospitalité apparaît comme une valeur largement partagée dans les diverses couches de la société. Elle est pratiquée généralement parmi les Africains qui ne la regardent pas comme une vertu, mais comme un devoir imposé à tous les humains. Ils l’exercent avec une générosité sans bornes et ne s’en font pas un mérite[2].
Manger peut être une chose banale à nos yeux aujourd’hui mais hier en Afrique, il était rempli de symboles et de valeurs ! Les « yeux » d’aujourd’hui et les « yeux » d’hier est un contraste qui montre la mutation des considérations dans les pratiques culturelles. L’aliment n’est pas seulement condition de vie et source de plaisir, il intervient dans le système de pensée et exprime bien souvent les modes privilégiés d’accès à la sagesse.
Quand un Africain dit ‘’mon fils’’, ce n’est pas forcément lui qui l’a engendré ! C’est souvent une expression d’affection et d’admiration, de même que le père est le géniteur, mais le papa est le ‘’père de cœur’’. Le vieux représente la sagesse, il dispense ses conseils, ses connaissances. Il est source de savoir. Appelé, le ‘’grenier du village’’, le dictionnaire, le vieux ne travaille plus, mais veille à l’entretien du village et à son développement. Son intelligence et sa sagesse savent être les garants de la bonne marche et de l’avenir du village.
Les cosmogonies ne sont plus connues que par un nombre restraint d’initiés qui en gardent un souvenir trop confus pour l’imposer. Ils se limitent souvent à l’invocation des ancêtres les plus proches pour obtenir aide et protection pour le clan et la famille. Les rapports entre ancêtres et vivants sont, d'autre part, marqués par une profonde implication des premiers dans les affaires des seconds. La présence des défunts est sans cesse rappelée par une multiplicité de rites. Ainsi, lors de cérémonies religieuses et commémoratives, les ancêtres sont régulièrement invoqués. Fréquemment encore, les premières gouttes d'une boisson sont versées par terre ou des aliments sont présentés comme offrandes aux ancêtres.
La présence des ancêtres est généralement matérialisée. Souvent, les ancêtres sont représentés par des symboles tels que des tiges en fer chez les Fons, les crânes des défunts chez les Guns, des statuettes chez les Baoulés ou des tabourets chez les Ashantis; les Yorubas, en particulier, représentent les ancêtres par des masques à travers quels ceux-ci peuvent directement se manifester. Généralement aussi, chaque lignage ou village dispose d'une case réservée aux ancêtres.
Les cosmogonies ne sont plus connues que par un nombre restreint d’initiés qui en gardent un souvenir trop confus pour l’imposer. Ils se limitent souvent à l’invocation des ancêtres les plus proches pour obtenir aide et protection pour le clan et la famille. Les rapports entre ancêtres et vivants sont, d'autre part, marqués par une profonde implication des premiers dans les affaires des seconds. La présence des défunts est sans cesse rappelée par une multiplicité de rites. Ainsi, lors de cérémonies religieuses et commémoratives, les ancêtres sont régulièrement invoqués. Fréquemment , les premières gouttes d'une boisson sont versées par terre ou des aliments sont présentés comme offrandes aux ancêtres.
La femme est encore dans de nombreux pays, la gardienne fidèle de toutes les valeurs. Si Dieu a créé le Monde, il a délégué à la femme, la création de la vie. C’est grâce à elle que la vie ne meurt pas, elle donne la vie et protège les siens. L’homme et la femme gardent une conscience claire des redevances mutuelles comme aussi des dons moraux et matériels qui sont nécessaires à l’épanouissement et à l’accomplissement de tout être. La femme joue un rôle important, et la tendresse maternelle est remarquable.
L’éducation a une place importante et l’on considère que l’enfant est une personne à découvrir plutôt qu’à éduquer. On va apprendre à l’enfant à s’intéresser à son corps et à celui d’autrui sans culpabilité. D’ailleurs, les rites d’initiation sont l’aboutissement de l’apprentissage de la sexualité, ils symbolisent le passage de l’enfance à l’âge adulte. L’éducation vise notamment à préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance et à lui inculquer le respect d’autrui, de son identité, de sa langue, de ses valeurs culturelles et du milieu naturel.
L’Afrique n’a rien perdu de sa splendeur. Il faut la rencontrer, l’aimer pour ce qu’elle est et ce qu’elle peut apporter. Quoi de plus beau que la tombée de la nuit et le coucher du soleil qui comptent sans aucun doute parmi les moments les plus révélateurs de la fascination à certains endroits du continent africain. C’est un instant magique où tout semble se figer un bref instant, en une harmonie totale et enveloppante. L’Afrique a les couleurs de la vie, les couleurs de notre vie : elle pleure et sourit.
C’est parfois en parcourant la brousse africaine avec l’illusion de retrouver une vieille terre où les hommes ont su garder le contact avec la nature, communier en permanence aux grands rythmes de l’univers. La séduction est d’autant plus forte que, dès que la lune se lève, toute l’Afrique des paysans se met à danser. Le village est comme une fontaine de jouvence où l’humain, après de longues années d’errance, retrouve ses racines.
La terre africaine vit de rêves et de symboles. Chaque chose a une valeur sacrée. Un masque sculpté, uni a une force impalpable nous donne la signification du symbole. Il possède un pouvoir surnaturel qui intervient : il bouge, parle, impose son rythme, ses rites et fait bouger une communauté qui va se rassembler pour vivre un grand moment d’exaltation.
Chaque masque est manifestement le produit d’une langue, d’où la complexité du masque africain, avant d’être l’émanation d’une culture ou d’une civilisation, civilisation prise au sens large de caractéristiques communes à un groupe de sociétés humaines. La langue est le vecteur de la pensée, de l’action, de la croyance et de l’être.
L’attitude commune spécifique aux Africains face à la nature et à l’au-delà peut être esquissée en quelques traits traduisant l’unité de leurs concepts religieux. L’Africain est un homme profondèment attachée à la terre, il sait pouvoir triompher aux éléments quand il en est en possession de la force vitale. Cette dernière est supérieure à la force propre de l’individu qui l’acquiert par des pratiques religieuses adressées aux esprits et aux dieux qui partagent son monde. La vie des plantes, des animaux et des insectes s’associent à la pensée de l’homme. Les arbres vivent, respirent, chantent. Tout parle dans le silence. Saisir le beau, c’est découvrir et voir avec intelligence l’esprit qui nous parle du tronc, d’un arbre, d’un insecte, du mouvement du vent.
L’Africain n’a pas oublié la tradition. Il est ouvert au monde, fier de sa culture et tolérant. En Afrique, toute assemblée à ses lois, la palabre[3] a les siennes : elles sont simples. Chacun à son tour est invité à s’exprimer ; tous ont le devoir d’écouter jusqu’au bout, sans interrompre ; nul est laissé pour compte. Il n’est pas nécessaire qu’un jugement soit porté. Après avoir siégé, tous peuvent repartir en paix, un pas est franchi.
Pour l’Africain, celui qui a parlé au commencement et qui maintenant se tient en silence, on dit que nous sommes les auditeurs de nos ancêtres.
L’Afrique est le creuset des cultures. Elles partent d’elle et reviennent vers elle. Des civilisations urbaines sont nées en Afrique bien avant notre ère, Axoum en Ethiopie, Djenné-Djeno[4] sur le fleuve Niger au Mali, ou encore de la Nubie chrétienne, de Carthage en Tunisie, des Almoravides et des Almohades au Maroc. De grands empires médiévaux du Soudan occidental ont rayonné : Ghana, Mali, Songhay. Le dynamisme économique de ces régions se répandait à travers le Sahara, zone tampon entre le bassin méditerranéen et l’Afrique noire.
Lors de la conférence ‘’La place de l’Afrique dans l’histoire et dans le monde’’ du 21.02.2008, Joseph Ki-Zerbo affirme la nécessité de refonder l’histoire africaine.
‘’Nous devons partir de nous-mêmes pour arriver à nous-mêmes, dit-il ‘’ Il ajoute ‘’J’ai prouvé que le mot ‘’préhistoire’’ était mal venu. Je ne vois pas pourquoi les premiers humains qui avaient inventé la position debout, la parole, l’art, la religion, le feu, les premiers outils, les premiers habitats, les premières cultures seraient hors de l’histoire ! Là où il y a des humains, il y a l’histoire, avec ou sans écriture’’
Les ancêtres grecs des civilisations occidentales sont allés s’informer, se former et s’initier aux connaissances de l’Egypte. On peut citer Plutarque, Aristote, Pythagore, Talés, Platon, etc., qui ont tous puisé leur savoir en Afrique auprès des scribes, prêtres et savants qui les ont formés et inspirés durant des décennies. La plupart des savants et philosophes grecs reconnaissent, et ce, sans difficulté, s’être instruits en Egypte[5]. C’est seulement à partir de l’esclavage que l’histoire de l’Afrique est falsifiée afin de n’accorder aucune civilisation et aucun savoir à l’homme Noir. D’autres chercheurs l’ont prouvé. Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga l’ont confirmé. Les valeurs culturelles africaines sont loin d’être exhaustives : le sens du respect, l’intégrité intellectuelle, la persévérance, la générosité et l’amour du prochain sont des vertus que la tradition africaine considère comme fondamentales. Comment expliquer la présence de 25% de mots africains dans le vocabulaire grec ? Comment expliquer les similitudes parfaites entre les textes grecs et les papyrus scientifiques de l’Egypte antique ?
Hegel a dominé pendant longtemps la pensée historique en Occident, notamment dans l’approche historique des peuples non-européens. En Afrique noire, Cheikh Anta Diop est le premier africain à rencontrer le barrage de la philosophie hégélienne[6] de l’histoire, et à la renverser, prouvant ainsi que le privilège propre à l’homme d’avoir conscience de vivre dans l’histoire n’est pas réservé à la seule humanité européenne. L’homme n’a-t-il pas intérêt à percer des secrets bien cachés ?
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Lucie – Philippe Gaudi, artiste et poète
On a souvent dit de l'Afrique qu’elle était "un continent sans histoire", en raison de la rareté des sources et des vestiges. On a aussi cru qu’elle était longtemps restée isolée du reste du monde... Mais aujourd’hui, grâce aux travaux des historiens et des archéologues, on sait que le continent africain a connu de nombreuses civilisations riches et puissantes, qui utilisaient l’écriture…. Rappelons que Yves Coppens[7] et son équipe ont découvert Lucie en 1974. D’après Yves Coppens, les pré-humains sont partis dans différentes directions depuis l’Afrique. Ensuite pour s’adapter au climat et à leur environnement, ils ont déterminé des traits qui étaient plus adaptés. Il déclare en insistant : « Tous nos ancêtres étaient africains. Nous sommes tous africains. Etant donné l’ensoleillement de l’Afrique. Aussi, étant donné la peau nue qu’ils avaient. Ils ne pouvaient pas être autrement que bronzés. » « Même les danois ont des ancêtres noirs africains ».
[1] Philippe Beaujard. L’Afrique de l’Est et les réseaux d’échanges océaniques entre les Ier et XVe siècles – Juin 2015
[2] Gaspart Théodore Moolien – L’Afrique occidentale en 1818 ; p 105
[3] Bidima Jean-Godefroy, 1997. La palabre. Une juridiction de la parole. Editions Michalon, Coll Le bien commun, 127 p : ‘’En Afrique la notion de ‘’conflit’’ est perçue et gérée diffremment qu’en Occident. Il s’agit moins de personnaliser les conflits et de déterminer ‘’un gagnant’’ et un ‘’perdant’’, mais plutôt d’amener les parties à une entente susceptible de rétablir l’harmonie et le respect mutuel.’’
[4] Des fouilles entreprises récemment sur le lieu-dit de Djenné Jeno (Djenné l’ancienne) confirment, en effet, qu’une agglomération qui devait compter plus de dix mille habitants à son apogée a existé pendant près d’un millénaire. . De Es-Saadi : ‘’Djenné est entouré d’une muraille percée de onze portes (…). La ville est grande, florissante, prospère : elle est riche, bénie du ciel et favorisée par lui (…). C’est un des grands marchés du monde musulman . Tarik es Soudan, XVIe siècle).
[5] Cheikh Anta Diop. Nations nègres et culture. Ed ; Présence Africaine, 1954, p49 : ‘’Berceau de la civilisation depuis 10000 ans au moment où le reste du monde est plongé dans la barbarie, l’Egypte détruite par toutes ces occupations successives ne jouera plus aucun rôle sur le plan politique, mais n’en continuera pas moins pendant longtemps encore à initier les jeunes peuples méditerranéens (Grecs et Romains, entre autres) aux lumières de la civilisation.’’
[6] Dans son cours sur la philosophie de l’histoire en 1830, Hegel déclarait : ‘’l’Afrique n’est pas une partie historique du monde. Elle n’a pas de mouvements, de développements à montrer, de mouvements historiques en elle. C’est-à-dire que sa partie septentrionale appartient au monde eurpoéen ou asiatique : ce que nous entendons précisément par l’Afrique est l’esprit ahistorique, l’esprit non développé, encore enveloppé dans des conditions de naturel et qui doit être présenté ici seulement cmme au seuil de l’Histoire du monde.’’
[7] Yves Coppens, né le 9 août 1934 à Vannes et mort le 22 juin 2022 dans le 11ᵉ arrondissement de Paris, est un paléontologue et paléoanthropologue français, professeur émérite au Muséum national d'histoire naturelle et au Collège de France.

