Animisme ou Religions africaines traditionnelles
Depuis la nuit des temps, l'homme a considéré que depuis croire était une attitude adaptée à son ignorance au sujet de l'inconnu qui l'entourait. Son besoin d'identification des causes, se révélait dans son questionnement. L'univers avait-il doté un Créateur, représentation de la cause première et sur laquelle seule la croyance, transmise par les mythes et traditions, semblait pouvoir l'informer.
Jung écrit, à propos de la religion :
« La religion est sans contredit une des manifestations les plus anciennes et les plus générales de l'âme humaine ; il est évident, par conséquent, que toute psychologie concernée de la structure psychologique de la personnalité humaine se devra, à tout le moins, de reconnaître que la religion n'est pas uniquement un phénomène social ou historique, mais qu'elle constitue aussi, pour bien des humains, une importante question personnelle. » [1]
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Amadou Hampaté Ba exprime une pensée assez proche : « Les hommes peuvent atteindre un but commun sans emprunter les mêmes voies. » |
La symbolique des racines est inséparable du règne végétal et particulièrement de l'arbre qui fait une liaison entre la terre et le ciel vivant, car son feuillage reçoit la vie.
De son côté, Henri Bergson [2] dont la religiosité ne pourra être mis en doute, n'hésite pas à évoquer un mysticisme pratique plutôt que théorique. Il observe notamment :
« Le spectacle de ce que furent les religions, et ce que certaines sont encore, est bien humiliant pour l'intelligence humaine. Quel tissu d'aberrations ! [...] On a vu la religion prescrire l'immoralité, imposer des crimes. Plus elle est grossière, plus elle tient matériellement de place dans la vie d'un peuple »
Henri Bergson montre que la religion détermine toujours une perspective morale, mais aussi que religion et morale peuvent avoir deux sources radicalement différentes. La première source réside dans la nécessité de resoudre les sociétés humaines fragilisées par les consciences individuelles. La seconde source réside dans une impulsion émotionnelle et originale, qui se laisse inspirer par des figures exemplaires et qui œuvre pour l'humanité tout entière.
Les religions sont innombrables et s'étendent dans le temps sur toute l'histoire connue de l'humanité ; en conséquence, personne ne pourrait être un « historien des religions ». Ernest Renan [3] écrivain, philosophe et historien français, soucieux d'une vie sociale plus développée et apaisée, aimait dire :
« Toutes les origines sont obscures, les origines religieuses encore plus que les autres. Produits des instincts les plus spontanées de la nature humaine, les religions ne se rappellent pas plus de leur enfance que l'adulte ne se rappellent de son premier âge… »
Toutes les sources s'accordent à dire, qu'il s'agisse de religion ou de croyance, elles nourrissent l'amour et relient les hommes entre eux.
En Afrique
L'Afrique est un vaste continent où se sont constituées des sociétés plurielles. L'Afrique est le berceau de l'humanité, la religion africaine traditionnelle n'est-elle pas les racines des autres religions ? La pensée africaine est plus vécue et implicite qu'explicitée ; elle se donne le plus souvent sous la forme mythique. Le Négro-Africain vit sa religion à tout moment. Cela l'amène à se mettre en prière n'importe quand, seul ou en groupe. Toutes les formes d'expression sont mises en œuvre, chants, danses, instruments de musique, sifflements et répétitions scandées des mêmes récitations. Les cultes sont infiniment variés suivant les lieux et les traditions locales, souvent aussi les dieux sollicités. Qu'il s'agisse de religion ou d'humanisme, un fait est certain : il existe en Afrique Noire une spiritualité vraie et profonde, base d'une éthique individuelle et sociale, dont l'épanouissement normal s'achève dans la vie mystique. La religion peut devenir un dépassement de l'homme dans la mesure où l'être humain acquiert une nouvelle vision de lui-même.
Les ancêtres occupent une place centrale et privilégiée dans la vie quotidienne. La relation la plus immédiate avec les forces de l'invisible se situe au plan des rapports entre les morts et les vivants, entre les ancêtres et leurs descendants. La structure familiale, se fonde sur une communauté qui se trouve entre eux les ancêtres et leurs descendants. Les ancêtres apparaissent, à la fois comme les puissances tutélaires de la famille, assurant la vie, la fécondité et la prospérité à ses membres, et comme les gardiens des traditions familiales.
Le culte des ancêtres, avec ses rites et ses croyances, apparaît général et universel en Afrique Noire. Mais à côté de ce culte, il existe une extrême variété de rapports avec d'autres catégories de puissances invisibles. Pour l'Africain, l'univers invisible est aussi réel sinon plus que l'univers visible.
La place de l'homme est importante. Un homme n'est jamais un individu, mais une personne, un faisceau de liens multiples et multiformes, un nœud de réseaux, un carrefour de forces qui doit apprendre à survivre et vivre dans un monde en perpétuel mouvement et recherche d'équilibre [4 ] . Quand l'homme africain vénère la divinité, ce n'est pas pour la gloire de Dieu, mais pour son propre épanouissement.
Au XIXe siècle, l'animisme est défini par l'Occident
L’usage fréquent de la notion d’animisme, devenu un véritable fourre-tout, exige de revenir sur le sens que ce concept a revêtu dans l’histoire de l’anthropologie. Les cultures dites archaiques sont contemporaines de celles de Fréderic Le Play (1806-1882), Karl Marx (1818-1883), Herbeth Spencer(1820-1903), Alfred Espinas(1844-1922) sur l’Occident. Mais alors, l’ethnologie s’interesse aux sociétés relativement homogènes et de petite échelle, sans histoire connue, dites primitives, traditionnelles, sans écriture.
Est-il indispensable, pour traiter socioloquement des faits religieux, de disposer d'une définition de la religion ? La tradition religieuse n'a pas cessé de se poser cette question sans lui apporter de réponse claire. L'animisme a sa définition pour l'Occident (source écrite) et une autre pour l'Afrique (source orale). Il ne fait aucun doute que cela dépend de l'essentiel de son auteur et de sa vision de l'autre. Et pourtant l'animisme a son origine dans le plus vieux continent du monde, l'Afrique, où tout a commencé. De nos jours, on remarque cependant que le mot « animisme » est couramment utilisé par les Africains eux-mêmes, qu'ils prennent à leur compte en lui donnant d'autres significations souvent non péjoratives.
L oralité africaine
« En Afrique un vieillard qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle » dit Amadou Hâmpaté Bah , L'oralité est au cœur de l'histoire de l'Afrique, de l'héritage de connaissances de tous les ordres patiemment de bouche à oreille et de maître à disciple à travers les âges.
Le baobab
Les vieillards et les griots étaient chargés des témoignages oraux et de la transmission de la mémoire des lignées. Ils jouaient ainsi un rôle déterminant dans l'éducation des jeunes en leur racontant les gloires et les bienfaits de leurs ancêtres.
Dans le même esprit, Youssouf Tata Cissé [5] grand initié malien, en quête de vérités profondes a donné une grande partie de sa vie à la découverte, à l'étude et à la préservation du savoir transmis par l'oralité en Afrique de l'Ouest. Il rappelait notamment un texte de la Charte du Mandé qui est la première déclaration des droits humains en 1222, menée à l'époque par un forgeron animiste. L'auteur soulignait l'importance de l'humain en reprenant les propos de l'article 1 er de la Charte :
« Toute vie humaine est une vie.. Il est vrai qu'une vie apparaît à l'existence avant une autre vie, mais une vie n'est pas plus « ancienne », plus respectable qu'une autre vie. De même qu'une vie n'est pas supérieure à une autre vie ».
Youssouf Tata Cissé n'a pas manqué de désactiver l'intérêt de l'initiation et d'affirmer que la patience a généré le caractère. L'initiation a pour objectif de faire un homme, un être libre et conscient de ce qu'il est.
Une construction anthropologique
Edward Burnett Tylor (1832-1917) est un anthropologue britannique, premier titulaire de la chaire d'anthropologie de l'université d'Oxford. Il sera à l'origine du concept « animisme » et un des plus grands contributeurs de la pensée animiste.
L'ethnologie moderne de l'époque préfère le terme de primitif à celui de sauvage. Tylor va définir l'animisme comme la croyance selon laquelle la nature est régie par des esprits analogues à la volonté humaine. Sa théorie ne s'appuiee sur aucune analyse sociologique. Il voit la forme primitive ayant engendré toutes les religions. Il est considéré aujourd'hui comme le fondateur de l'anthropologie britannique, il est notamment célèbre pour sa définition ethnologique de la culture.
Il innove aussi en ne restreignant pas la possession d'une culture à certaines populations uniquement, comme les Blancs. Il insiste enfin sur le caractère acquis de la culture, ce qui n'était pas évident dans une société qui faisait de la nature une norme puissante. Il s'intéresse également aux fondements des civilisations.
D'autres anthropologues vont enrichir la pensée animiste : Herbeth Spencer (culte des ancêtres), James Frazer (culte des arbres), Emile Durkeim ( sociologue français considéré comme l'un des fondateurs de la sociologie moderne), Malinoski (anthropologue, ethnologue et sociologue polonais), Levy Bruhl (philosophe, sociologue et anthropologue français , dont les travaux, au début du XXᵉ siècle, ont principalement porté sur l'étude des peuples sans écriture) , Evans-Pritchard (anthropologue britannique, professeur d'anthropologie sociale à l'Université d'Oxford ), (Philippe Descola (anthropologue français élève de Claude Lévi-Strauss)…
Une définition de l'animisme
Le mot animisme viendrait du latin animus (« esprit », « âme »). Il désigne la croyance selon laquelle un esprit, une force vitale, qui anime les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent, ainsi qu'en des génies protecteurs. Des manifestations de défunts ou de divinités animales, peuvent agir sur le monde, de manière bénéfique ou non. Ainsi défini, l'animisme peut caractériser des sociétés très diverses, situées sur tous les continents : du chamanisme au vodoun africain, en passant par les cultes totémiques.
Bien que chaque culture ait ses propres mythologies et rituels, on dit que l'animisme décrit le fil conducteur le plus commun des perspectives « spirituelles » ou « surnaturelles » des peuples autochtones. La perspective animiste est si largement adoptée et inhérente à la plupart de ces peuples qu'ils n'ont souvent même pas un mot dans leur langue qui correspond à « animisme » (ou même à « religion ») [6] ; le terme est une construction anthropologique.
L'animisme est utilisé dans l'anthropologie de la religion comme un terme pour le système de croyance de nombreux peuples autochtones, en particulier par rapport au développement relativement plus récent des religions révélées. L'animisme a souvent été qualifié de paganisme grossier, d'idolâtrie stupide, de mensonge éhonté, voire d'infantilisme. [septembre]Cela rappelle les chagrins attribués à la religion des orisha et du vodoun. Le missionnaire chrétien a souvent interdit, sous peine de refus de sacrements, toute présence et à plus forte raison toute participation des chrétiens aux cérémonies animistes. Malgré les chagrins non fondés de ses détracteurs, l'animisme, est ainsi à la fois une « religion » avec des pratiques liturgiques, un « système de croyances et de valeurs » régissant la vie quotidienne... et « une philosophie donnant du sens à la vie ». L'animisme pourrait être un système qui permet de concevoir le monde comme un vaste ensemble. Si l'animisme a été défini pour être différent du vodoun, de l'orisha et du chamanisme, il est plus proche du vodoun que peut l'être le vodoun dans la diversité de ses cultes. Le vodoun est pluriel, il est l' expression même de la vie, il est inclassable et relève des lois de la nature.
La grande majorité des écrits concernant les religions traditionnelles africaines est le fait des Européens. À l'époque des premières découvertes et de l'expansion coloniale, ceux-ci, convaincus de la supériorité des religions abrahamiques, ont fourni les cultes autochtones africains comme de l'« idolâtrie » ou de la sorcellerie et emploient les termes péjoratifs d' « animisme, de « paganisme », de « fétichisme » ou de « vodoun » Tylor adoptera le terme animisme des écrits du scientifique allemand Georg Ernst Stahl [8], qui avait développé le terme animisme en 1708 comme théorie biologique selon laquelle les âmes formaient le principe vital et que les phénomènes normaux de la vie et les phénomènes anormaux de la maladie pouvaient être attribués aux causes spirituelles. Le premier usage connu en anglais est apparu en 1819 [9] .
Les perspectives anthropologiques antérieures, qui ont depuis été appelées le « vieil animisme » , concernaient la connaissance de ce qui est vivant et des facteurs qui font vivre quelque chose. Le « vieil animisme » supposait que les animistes étaient des individus incapables de comprendre la différence entre les personnes et les choses.
L'animisme, une forme primitive de religion
On considérait que tout le monde savait ce que l'on pouvait entendre par « religion », mais personne ne pouvait en donner une définition acceptable. Il était même qualifié de bidonville théologique où l'on parquait tout ce qui était dépourvu des attributs d'une vraie religion [10] . De même, le respect des forces ancestrales a pendant longtemps été compris comme un simple phénomène religieux. James Frazer, Edward Tylor et Herbert Spencer considéraient même qu'il s'agissait là du trait caractéristique le plus marquant des religions dites primitives. L'animisme a été longtemps considéré par Tylor et d'autres (notamment Frazer et Lévy-Bruhl), comme une forme primitive de religion.
Selon Tylor, la croyance en des êtres spirituels relèverait de la religion. Dans son ouvrage Primitive Culture,il s'efforce d'identifier l'origine de cette croyance et d'en reconstituer le développement. Le « primitif » arriverait à l'idée d'un principe différent de son corps, à l'idée de l'âme. Il s'appuie, à la suite de deux expériences : d'une part, les phénomènes du sommeil, de la maladie, de l'extase (la transe) et de la mort ; d'autre part, l'expérience personnelle des rêves et des visions. De son côté, Herbert Spencer (1820-1903), souligne fortement, l'importance des ancêtres dans l'histoire des religions. En effet, pour le philosophe anglais, le culte des ancêtres serait à l'origine même de la religion. Chez les peuples d'Afrique, où le culte des ancêtres occupe une place importante dans le cadre de la religion animiste, on s'adresse aux ancêtres de la tribu pour qu' ils intercèdent auprès des dieux ou fassent tomber la pluie bienfaisante. On les invoque par des danses rituelles et des prières, pour avoir des enfants.
Edward Tylor à travers son livre de 1871 Culture primitive , se base sur la doctrine de l'âme, il renforce l'idée qu'il faut voir dans l'animisme « une doctrine générale des âmes et d'autres êtres spirituels en général » ou « une idée de la vie et de la volonté envahissantes dans la nature ». Il exprime « l'hypothèse que les premiers Homo sapiens avaient investi les animaux et les plantes avec des âmes ». temps qui niaient l'existence de croyances religieuses chez certains peuples alors considérés comme sauvages alors qu'il allait jusqu'à dire que « l'animisme était pour lui la première religion ».
Après avoir retracé l'origine de la notion de l'âme humaine et dressé un portrait de son extension aux animaux, aux plantes et aux objets, Tylor se tourne vers la comparaison ethnographique du concept de l'au-delà. Les croyances concernant la vie après la mort se divisent principalement en deux croyances distinctes : la transmigration des âmes sur la terre et le voyage des âmes vers l'au-delà.
La qualité des travaux était, hélas, tout à fait médiocre ; mais elles permirent à Tylor de faire l'une des affirmations les plus décisives de son œuvre, celle de l'universalité de l'animisme. Il propose « la croyance à des êtres spirituels ». Personne n'arrive à définir la religion d'une manière qui plaise à tout le monde, Selon Tylor, le monothéisme, ne serait-il une création exclusive et tardive de l'humanité « civilisée » , pour ne pas dire la seule création animiste qui ne soit pas engendrée par les sauvages de la Préhistoire ? Certes, Tylor refusait sans doute de placer un dieu unique à l'origine de la religion.
Dans l'animisme, cependant, on personnalise davantage les puissances cachées : on people la nature de toutes sortes d'âmes ou d'esprits qui sont supposés avoir des intentions et des volontés analogues aux nôtres. : " Les esprits, nous dit Bergson, ce sont les entités vagues qui peuplent, par exemple, les sources, les fleuves, les fontaines. "
Bienveillants ou mauvais, les esprits animent la nature de leur présence et doublent de leur spiritualité les choses matérielles. Bergson nous rappelle qu'ils n'ont ni la personnalité complète, ni l'ubiquité, ni la dignité éminente des dieux. Ils sont généralement attachés aux lieux où ils se manifestent, ce qui les distingue de la divinité proprement dite, qui a toujours le don d'ubiquité.
Les écoles évolutionnistes
De la seconde moitié du XIXe siècle jusqu'aux années 1920 environ, les écoles évolutionnistes ont dominé la réflexion anthropologique. Tylor opère une distinction entre animisme inférieur (âme juste pour les humains), animisme médian (âme aussi pour les animaux et être vivants), animisme supérieur (âme aussi pour les choses inertes)
Dans ces conditions, on retrouve les caractéristiques d'une religion, surtout si l'on admet que l'animisme est ni plus ni moins une religion africaine traditionnelle. Pour Tylor, l'animisme crée le premier stade de religiosité humaine, celui des sociétés les plus primitives, et il devait être suivi par le fétichisme, puis le polythéisme et enfin bien sûr le monoyhéisme, qui caractérisait la religion de sa propre société [11 ] . La théorie de Tylor sur l'animisme a eu un énorme succès. Le terme fut ensuite beaucoup repris, évoqué et critiqué. En dehors de quelques anthropologues qui reprennent le terme « animisme » dans leur analyse en lui donnant une signification précise (tel Philippe Descola [12]) , le terme animisme n'est plus employé que de manière très vague, pour finalement désigner les religions qui ne sont pas universalistes (c'est-à-dire les religions de la conversion, telles que le christianisme, l'islam, …)
Pour James Frazer, son étude le Rameau D'or , un des textes fondateurs de l'anthropologie , l'animisme naît à travers le culte des arbres . S'inspirant des travaux du théoricien de l'architecture Karl Bötticher, Le culte des arbres chez les Hellènes, Frazer soutient que les premiers lieux de culte étaient les forêts. Il ira jusqu'à décrire que l'arbre peut être assimilé à l'homme :
« Ainsi, l'arbre est regardé quelquefois comme le corps, quelquefois simplement comme la demeure de l'esprit. Et lorsqu'on nous parle d'arbres sacrés qu'on ne doit pas couper parce qu'ils contiennent les esprits, il n'est pas toujours possible de dire avec certitude comment on a conçu leur présence dans les arbres… »
Plus tard, Durkheim sera du même avis en estimant que la forêt est le lieu sacré initiatique pour les « postulants » de la tribu et que même « le mot par lequel on désigne l'initiation dans un certain nombre d'ethnies signifie ce qui est de la forêt, d'autre part par tous ces auteurs voient le passage à d'autres formes de religiosité et de religion constituées lorsque la vénération du dieu succède à celle de l'arbre, du fétichisme au polytheisme .
Plus tard, Philippe Decsola [13] considèrera qu'il existe un schèma qui, en plus de la continuité des âmes, perçoit et distingue des ressemblances physiques entre les humains et les non-humains, fondant une relation privilégiée entre un groupe et une espèce naturelle. :
« Le schéma animique n'est pas une croyance mais une façon d'organiser la perception du monde à partir de ressources universellement présentes chez l'être humain. L'animisme consiste donc plus précisément dans le fait de percevoir une continuité (ou une ressemblance) entre l'intériorité humaine (l'intentionnalité) et celle de tous les êtres du monde, mais de fonder leur différence dans leurs propriétés et leurs manifestations physiques (forme du corps, manières de faire, attributs matériels). »
En enseignant des valeurs de respect de la nature et de tout ce qu'elle contient, l'animisme se trouve prêché pour l'écologie qui est devenue une évidence pour tous les pays développés ou non. René Dumont et Hugues Dupriez [14] montrent bien qu'avec les types de sols qu'ils ont, les paysans africains utilisent les outils les plus adaptés et les techniques culturelles les plus performantes. Par ailleurs, on peut identifier dans l'animisme, un lien entre les éléments perçus dans la nature et la pratique religieuse des religions monothéismes abrahamiques. Par exemple, une fête comme Noël est liée à un soltisce, les fêtes de Pâques et le Ramadan, sont attachées au calendrier lunaire. Le calendrier lunaire a été très tôt abandonné par les Romains mais il est toujours en usage dans les religions juive, copte et musulmane, sous des formes différentes !
L'animisme renvoyé à une vision de l'univers peuplé d'esprits, et de génies renvoyés du pouvoir d'influer sur la vie des vivants. Présent dans tout être celui et même dans les objets inanimés (arbre, pierre...), l'esprit peut être d'un ancêtre mort, devenu divinité, ou même un esprit de la Nature. De manière générale, les animistes croient en l'existence d'un Dieu créateur : Amma chez les Dogons, Faro chez les Bambara... celui-ci étant connu sous de multiples autres appellations. Rarement objet direct du culte, ce Dieu suprême est essentiellement présenté au travers des médiateurs que constituant les « dieux secondaires » ou les « esprits et les ancêtres ». Pour les animistes, les dieux secondaires, dont les plus importants sont symbolisés par des éléments naturels, tels que le ciel, la terre,
Il est pratiqué sur tous les continents. En Afrique, dépassé le Sahel, l'islam se partage les croyants avec le christianisme tandis que l'animisme se conserve dans l'ombre, jusque dans les religions révélées. Les asiatiques incorporent fréquemment des éléments animistes dans leurs pratiques bouddhistes, confucéennes, taoïstes, hindouistes ou musulmanes. Certains bouddhistes persistaient à croire en des esprits sylvains, demeurant dans des arbres sacrés [15] . L'animisme demeure la religion d'une moitié environ des sept mille cultures encore présentes sur la planète. Il fait sa réapparition en Europe et en Amérique du Nord, notamment, sous des formes variées, qui prend toutes en compte le lien de l'individu avec la nature [16]. Si un africain baptisé appartient à la religion catholique, il reste marqué, dans son identité, par sa culture africaine, voire par sa religion traditionnelle.
UNE AUTRE VISION DE L'ANIMISME
Depuis les temps immémoriaux, les Africains ont honoré les esprits qui habitent ou représentent un lieu particulier, ou des forces naturelles comme le vent, les rivières et les montagnes. Dans l'animisme, cependant, on personnalise davantage les puissances cachées : on people la nature de toutes sortes d'âmes ou d'esprits qui sont supposés avoir des intentions et des volontés analogues aux nôtres. A chaque création d'un village, un sanctuaire est consacré afin d'honorer les esprits environnants et de ce fait s'assurer de leur protection. On ne connaît pas de date exacte permettant de déterminer l'apparition de l'animisme. Elle s'apparente au vodoun ou aux religions africaines traditionnelles. plutôt qu'à une religion ayant des dogmes et des principes bien définis.
La logique animiste est celle qui prédomine notamment chez les populations rurales en Afrique subsaharienne. Elle est donc celle que partagent, le plus souvent, non seulement les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs, les forgerons, les cordonniers, etc., mais aussi les responsables villageois qui dirigent les organisations paysannes et interagissent directement avec les agents de développement. Elle est également présente, à un degré plus ou moins élevé, chez les populations urbaines. Dans les villages, elle détermine, dans une large mesure, les attitudes et comportements des populations au cours de la conception et la réalisation des projets de développement économique et social.
Selon Dominique Zahan dans son ouvrage Religion, spiritualité et pensée africaines :
« Le Noir affirme sa conviction dans la supériorité de l'être humain vis-à-vis de ce qui existe. L'homme est la réalité suprême et irréductible [17] . Il est un microcosme où aboutissent, invisibles, d'inombrables fils que tissent entre eux les choses et les êtres. Ces derniers ne sont pas, un obstacle à la connaissance de Dieu, elles constituantes, au contraire, des signifiants, des indices révélateurs du divin. Ainsi, une sorte de passage s'établit entre le « haut » et le « bas » au moyen de certains intermédiaires. »
Il convient donc de leur vouer un culte. En faisant des sacrifices ou en accomplissant des actions qui plaisent aux esprits, il peut se concilier leur faveur pour acquérir leur protection ou gagner par leur alliance les pouvoirs qu'ils détiennent. La danse est, de loin, la part la plus importante des fêtes. Elle ponctue même la fin du travail qu'anime la cadence du tam-tam.
Dans la logique animiste, l'humain et son bien-être social doivent être au centre de toutes les décisions et actions posées dans la communauté. L'on considère que le bien-être social d'un individu est indissociable de celui des membres de sa famille et de celui de la communauté entière. Par ailleurs, l'on pense que la communauté des humains est celle du monde des vivants, du monde visible. Celui-ci cohabiterait avec un autre : le monde des invisibles qui comprend les puissances, les esprits, les ancêtres. Les invisibles seraient très puissants, se manifesteraient sous des formes diverses et se trouveraient partout parmi les vivants. Birago Diop [18] rappelle le lien des ancêtres avec la nature :
« Ecoute plus souvent Les choses que les êtres, La voix du feu s'entend, Entend la voix de l'eau. Ecoute dans le vent Le buisson en sanglot : C'est le souffle des ancêtres …
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire Et dans l'ombre qui s'épaissit, Les morts ne sont pas sous la terre Ils sont dans l'arbre qui frémit, Ils sont dans le bois qui gémit, Ils sont dans l'eau qui coule, Ils sont dans la case, ils sont dans la foule Les morts ne sont pas morts… ».
« Ils sont dans le Feu qui s'éteint, Ils sont dans les Herbes qui pleurent, Ils sont dans le Rocher qui geint, Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure, »
Pour l'animiste, Ils ne sont pas présents physiquement, mais ils sont dans sa mémoire. Celle qui nous rappelle qu'ils ont vécu, existé, que leur héritage s'inscrit dans son histoire. L'animiste le sait, puisqu'il puise dans la culture une philosophie du respect d'autrui, de compassion, de générosité et d'harmonie de l'univers. C'est cela qui constitue « le vivre ensemble ». Dans ses rêves, il retrouve ceux qui nous l'ont quittés, preuve qu'ils sont toujours là, parce que l'inconscient n'efface pas leur présence.
En Afrique Noire, presque partout, la terre est l'équivalent au ciel, et à ce titre, elle est tout indiquée pour constituer, quelque soit l'endroit, un lieu de « prières ». Son caractère sacré provient, sans doute, de sa double valorisation par l'homme ; elle est nourricière et lieu d'ensevelissement ; elle fait croître et consommer ; elle réunit en elle-même les deux aspects opposés de l'existence : la vie et la mort.
La mort est perçue comme une continuité, au point que l'on peut dire qu'il n'y a pas vraiment de mort dans le langage animiste et que le dialogue des « morts » et des vivants se poursuit sans interruption. Il s'agit d'un système de croyances, de sentiments et de comportements qui s'exprime en rites, cérémonies et liturgies. Par ces actions symboliques, les esprits familiers sont sollicités pour assurer le succès, le bonheur, la sécurité dans la vie. A la mort, l'âme (ou double) se sépare du corps, garde sa personnalité pour une nouvelle existence : ce sont les « mânes » des ancêtres. Dans toutes les cultures animistes, la croyance en l'existence de puissance surnaturelle est établie. On distingue : les esprits de la nature, les esprits des morts et les génies.
Présence de puissan ces spirituelles dans les arbres, rivières, rochers…
L'univers animiste évoque un monde de mythes et de symboles, où tout porte un sens par rapport à l'ensemble, où tout acte s'accomplit par rapport à une force, elle-même considérée comme moteur du monde des esprits, des ancêtres , des mânes (les âmes des morts élevées au rang de divinités). Assimilée à une puissance, cette force demeure imprévisible, surnaturelle, principe qui régit le cosmos. L'univers animiste désigne aussi un monde divin, au sens que toute chose, tout acte, est empreint de divin, derrière lequel se manifestent les esprits, les génies, les êtres surnaturels invisibles, tous autonomes. Les puissances spirituelles peuvent se manifester dans des objets visibles : arbres, rivières, rochers, animaux, lieux déserts, forces de la nature. Elles se manifestent aussi par les forces invisibles : maladie, mort, esprits ancestraux, malédictions. .. Dans la conception animiste, existe une interaction perpétuelle entre les différents mondes ; l'invisible côtoie toujours le visible : il l'habite, l'anime, lui donne son sens ; Il en résulte une « direction » qui va plutôt de l'invisible vers le visible.
Le passé fait partie intégrante du présent ; il est la continuité de la vie (vie, mort, au-delà et renaissance) . On trouve un exemple du véritable sens de « religions africaines traditionnelles » dans la pratique encore très vivante en Afrique Noire, consistant à réserver les premières gouttes d'une boisson (surtout alcoolisée) ou les premières parcelles de nourriture. On considère que ce n'est pas à la nature que l'offrande est rendue, mais aux ancêtres se trouvant dans la terre ou l'au-delà.
Les animistes ont une grande connaissance de la nature. Les Pygmées, par exemple, ont créé au fil des siècles une symbiose avec l'univers végétal. Ils peuvent parcourir durant un temps infini le labyrinthe végétal sans jamais se perdre ; ils entretiennent un rapport profond et quasi symbolique avec les animaux de la forêt. Ils accomplissent des marches de plusieurs dizaines de kilomètres et savent éviter les nids de vipère, le cobra, les boas et autres reptiles qui, tapis dans les branches, guettent leurs proies. Ils connaissent le pouvoir secret des plantes pour se soigner et rendre hommage aux ancêtres. .
En dehors de quelques anthropologues qui reprennent ce terme dans leur analyse en lui donnant une signification précise, le terme d'animisme n'est plus employé que de manière très vague, pour finalement désigner toutes les religions qui ne désignent pas de la conversion, telles le christianisme, l'islam… Il est alors pris comme synonyme de « religion traditionnelle » (un terme qui ne signifie rien, en soi), ou d'autres termes à l'usage tout aussi vague, tels que le chamanisme. En réalité, la difficulté de définir clairement ces termes procède essentiellement de leur éloignement des modes de pensées des sociétés modernes. Les spécialistes n'ont pas trouvé de vocable unique pour caractériser la foi de l'Africain, être proche de la nature. Animisme, démonisme, totémisme et fétichisme sont les mots attribués ils ont recours. Chaque clan a ses propres rites, ses divinités locales, ses prières, et ses cérémonies initiatiques, ses cultes funéraires, ses chants de sacrifice, ses danses et ses masques. Il existe cependant un point commun à toutes les religions ; c'est la foi en l'Etre suprême, unique et incréé : Dieu est à l'origine de toute chose.
Au niveau humain, la parole constitue le rouage essentiel de la communication. La parole en son essence profonde est fécondante. Elle contient en plus des quatre éléments (eau, air, terre et feu) puisés dans le corps humain, une dose variable d'huile, matière qui provient du sang et qui lui communique charme et beauté, associée à la procréation. La parole est sexuée, les tons sont mâles (bas et descendants) ou femelles (hauts et montants). La parole mâle contient plus de vent et de feu, la parole féminine, plus d'eau et de terre.
Grâce à la parole, principe actif et souce de la création, la vie naît et se déploie pour atteindre la force du silence (la parole construit le viillage, le silence bâtit le monde), espace de la paix véritable :
« La parole est tout.
Elle coupe, écorche
Elle modèle, module
Elle perturbe, rend fou.
Elle guérit ou tu net.
Elle amplifie, abaisse selon sa charge.
Elle excite ou calme… »
La vibration de la parole comparable à la duplication de la personne, transperce le voile de l'ignorance et défonce les portes de la mort, ce changement d'état peut unir le visible et l'invisible.
ANIMISME, VODOUN, RELIGIONS AFRICAINES TRADITIONNELLES
Les religions africaines traditionnelles regroupent l'animisme, le totémisme, l'ancestrime ou le manisme, le naturisme, le fétichisme et le paganisme.
Levy-Brull écrivait : « L’image du monde que reflète « la tradition africaine est d’une harmonie extraordinaire » Lévy-Bruhl ne se situait t-il pas lui-même dans le prolongement d’Auguste Comte, fondateur du positivisme ? Il voyait dans le « fétichisme » africain une « logique de l’affectivité » capable de « régénérer l’Occident ».
L'attitude commune spécifique au peuple du golfe du Bénin face à la nature et à l'au-delà peut être esquissée en quelques traits principaux reflétant l'unité de leurs concepts religieux : l'homme est profondément attaché à la terre, il sait pouvoir triompher et commander aux éléments quand il est en possession de la force vitale. Cette force est une force supérieure à la force propre de l'individu qui l'acquiert par des pratiques religieuses destinées aux esprits et aux dieux qui font peur à son monde.
La religion vodoun mobilise les représentations du monde et les repose par une pratique dans laquelle la nature tient une place essentielle. Dans leurs manifestations, les vodoun sont souvent liés aux quatre éléments à savoir, la terre, l'air, l'eau et le feu. La terre, elle-même vodoun et mère nourricière est représentée par Aïzan et Sakpata ; l'air, souffle porteur de vie, est du ressort du vodoun Dan ; l'eau quant à elle relève des vodoun Ninsouhoué et des Tohossou tandis que le feu, source d'énergie, est porté par le vodoun Hêviosso.

Hommage aux ancêtres – Forêt sacrée Ouidah
Dominik Kohlhagen [19] , nous rapporte une histoire de Shango, roi d'Oyo, qui de sa vie, savait cracher du feu et de la fumée :
« Pour tester sa puissance, il serait monté sur une colline près d'Oyo et aurait provoqué un orage violent qui tua une grande partie de sa famille et détruisit son palais. Atterré, il se serait pendu à un arbre selon les uns ; selon un autre interlocuteur, il serait entraîné dans la terre. Shango est aujourd'hui considéré comme le dieu de la foudre. Lors de cérémonies de possession, il peut être signalé à travers un bâton du même bois que l'arbre auquel il s'est pendu, orné d'une grande hache symbolisant la foudre… ».

Divinité du tonnerre - Hache symbolisant la foudre - Photo Bruno Jouan
L'eau est assimilée aux origines, à la naissance, à la vie, à la pureté et à la régénérescence. Elle possède les vertus thérapeutiques et représente un lien entre la matérialité et la spiritualité ; entre le ciel, la terre et le monde souterrain. Lors des célébrations familliales, l'eau est offerte sur le sol : c'est en quelque sorte une invitation à rendre hommage et à témoigner un profond respect envers les ancêtres
La place attribuée aux ancêtres est très importante. La relation entre vivants et morts s'établit au cours des rituels et cérémonies qui constitue le cœur spirituel du vodoun. Elle permet d'instaurer une sorte de communication aussi bien avec les dieux qu'avec l'esprit des défunts. Le sacrifice en est un élément essentiel, il exprime une relation entre l'homme et la divinité. En échange de la vénération et des offrandes, les dieux et les esprits signalés assurent protection et assistance.
L’animisme comme le vodoun correspond à un monde inachevé, confié à l’homme qui doit apprendre à en user sans abuser. Il est lui-même créature parmi d’autres créatures, force parmi d’autrers forces, ni meilleur, ni pire, ni supérieur, ni inférieur, seulement différent. L’homme est une personne, un faisceau de liens multiples, un carrefour de forces qui doit apprendre à survivre et vivre dans un monde en perpétuel mouvement. Pour l’animisme, l’homme peut tirer beaucoup de profits du monde ; il peut réussir à parler aux choses, aux êtres, à Dieu, et se forger une personnalité. La durée d’une vie ne suffit pas pour apprendre du monde et apprendre le monde ; il faut à l’homme le concours des autres. Le respect des choses et des êtres donne à l’homme son équilibre lié à celui de l’univers, et cela lui permet de réaliser son « tout » en accord avec la nature et lui-même.
Des similitudes entre l’animisme et le vodoun existent : un Dieu créateur, les ancêtres qui offrent leur protection, les esprits de la nature, les mauvais esprits responsables des maladies, de la souffrance et de la mort, les religieux (prêtres, devins, herboristes-guérisseurs, faiseurs de pluie) et les croyants qui comptent sur leur aide pour résoudre différents problèmes. Claude Levi-Strauss, dans la Pensée sauvage, montre comment un réel savoir prend sa source dans le contact intime de l’homme avec la nature, dans sa lutte incessante[20]. À l'écoute des enseignements et des secrets du monde végétal, les pratiquants du culte vodoun et des orisha entretiennent un lien très étroit avec la nature, les arbres et les plantes, les considérants comme des êtres vivants, dotés d'un esprit, et dont la simple énergie peut guérir ou transformer l'être humain.
Lors de toute cérémonie (naissance, initiation, funérailles…) le père du secret consulte l’oracle du Fâ (256 signes) qui est à la fois science et spiritualité présidant au destin de l’homme. Il est un livre ouvert sur le passé, le présent et l’avenir, enseignant à l’homme ses liens profonds avec la nature, tout en lui dispensant, grâce aux contes liés à chaque arcane, une grande et très profonde sagesse. Les pratiques rituelles concernant les éléments de la nature (l’arc en ciel, les nuages et la pluie..) sont basées sur la distance qui sépare le ciel et la terre ; de même, tous les rapports entre la divinité et les hommes ne peuvent logiquement exister qu’à la condition d’admettre l’intervalle entre le créateur et la créature.
Dans les religions africaines traditionnelles, la femme tient un rôle essentiel. En réalité, l’union de l’homme et de la femme est doublement symbolique, et de ce fait elle offre à l’être humain l’occasion d’un autre dépassement. Elle est, tout d’abord, l’image de l’union du soleil et de la terre. Les cultes dédiés à la femme sont nombreux . Selon ses détracteurs, elle est considérée comme incurablement superficielle et irresponsable, elle serait la cause de la rupture de l’ordre primordial, de « l’éloignement de Dieu » Et pourtant, la femme donne la vie. En réalité, la femme est souvent l’être intimement en rapport avec l’obscurité et la nuit. Elle est l’être le plus mystérieux , le plus insondable. La femme a sa propre compréhension, elle est inertie et passivité ; comme l’eau, qui épouse la forme que tous les récipients qui la contiennent, la femme n’a qu’une seule forme, elle défie l’obstacle, elle est changeante et ne se laisse pas maitriser. Le culte gèlèdè chez les Yoruba trouve son fondement dans la représentation sociale du pouvoir des femmes.
Entre la forêt équatoriale et la vaste savane d’Afrique occidentale vivent encore des groupes d’individus isolés, volontairement séparés du monde extérieur. Ces gens, pour la plupart animistes, ont résisté à la conquête de la savane par l’Islam au Moyen Age, puis à la propation de la foi chrétienne des Européens. L’idée qui domine leurs croyances, c’est que leur destinée se trouve à la fois entre les mains des esprits et celles de leurs ancêtres, tous responsables de leur bien-être. Ces forces surnaturelles sont pour eux aussi réelles que le monde matériel qui les entourent.
UNE MEILLEURE DEFINITION
Depuis la Seconde Guerre mondiale, le concept d'animisme est abandonné par les anthropologues. Relayées, en effet, par des discussions sur d'autres concepts (notamment ceux de « magie » ou de « sacré », avec E. Durkheim et B. Malinowski), les théories de Tylor et de Frazer n'ont pas résisté aux études et monographies de terrain des représentants de l’anhropologie sociale britannique, en particulier celles d'E. E. Evans-Pritchard et de Radcliffe-Brown., À la même époque, l'anthropologie américaine (par exemple, avec P. Radin ou R. H. Lowie) n'a que peu utilisé le concept d'animisme – élaboré par des savants anglais – dans ses théories sur la religion et sur la magie « primitives ». Quant à l'école anthropologique allemande, elle avait disparu après la Première Guerre mondiale, tandis qu'en France les travaux de L. Lévy-Bruhl, éclipsés par ceux de Durkheim et de Mauss, restaient sans postérité à l'intérieur de la discipline.
La notion de religion traditionnelle africaine a été proposée par Geoffrey Parrinder dans les années 1950, pour remplacer les appellations telles que religions primitives ou religions tribales[21]. Elle a ensuite été reprise par des générations de chercheurs africains et occidentaux (Van Rinsum, 2004: 25), mais elle a également été contestée. Parrinder, dans West African Religion (1949), son premier ouvrage, compare, à partir d’études ethnographiques, les systèmes religieux de trois peuples africains avec lesquels il travaille (Ewe, Akan et Yoruba). Cette comparaison lui permet de tirer les conclusions que ces systèmes religieux sont assez semblables pour parler d’une structure commune de la religion ouest-africaine, et en même temps qu’il y a assez de différences entre eux pour reconnaître que le fonctionnement de ces systèmes n’est pas le même (Walls, 2004: 208).
Des interprétations savantes sont nombreuses et enracinées (Comte, Tylor, Spencer, Frazer, Durkheim, etc.) Elles ont sans doute été marquées par le développement de théories évolutionnistes entre le XVIIIe et le XXe siècle ? Beaucoup de travaux en Europe et en Amérique ont cherché à faire la démonstration de l’existence de stades d’évolution dans les religions (animisme, polythéisme et monothéisme selon Tylor) et dans les sociétés (sauvagerie, barbarie et civilisation selon Morgan) et que toutes les sociétés suivent la même évolution du stade « primitif » au modèle de la civilisation occidentale.
- De nombreux anthropologues ont cessé d'utiliser le terme animisme , le jugeant trop proche de la théorie anthropologique et de la polémique religieuse . La signification profonde de l'animisme et du vodoun est de rappeler, qu'avant le monde des constructions intellectuelles et de la raison, avant la culture de l’intériorité individualiste, le monde primordial est celui de la vie : un champ commun où elle s'entrelace avec d'autres vies humaines mais aussi animales et végétales Il appartient à l’homme de conserver les sacrés (couvents, lieux de culte et d’initiation, forêts sacrées..), protégés depuis des siècles. Ces lieux symboliquement et hautement sacrés représentent les fondements de la nécessaire harmonie qui devrait exister entre l'homme et son univers afin de maintenir le perpétuel équilibre des choses et des êtres.
Les religions africaines traditionnelles ont en commun la croyance en un ensemble de divinités spécifiques aux différents aspects de la vie et de la nature, avec souvent un Couple créateur ou un Dieu créateur initial, le culte des ancêtres et des esprits, la croyance en la réincarnation, et presque toujours un parcours initiatique. L’homme traduit la trame constante de sa conception de lui-même et de ses rapports avec l’invisible d’une manière qui lui est propre.
La terre ferme constitue pour l’Africain la meilleure garantie de l’existence, elle est l’élément la plus eexploitée du point de vue matériel et spirituel. Conjointement, l’eau, qui nourrit à la fois la terre et l’être humain, est associée d’une manière indissoluble au culte et à la prière. L’homme est une création de la nature. La symbiose de l’homme et de la nature doivent exister et susciter : admiration, contemplation et respect. Cela ne découle t-il pas de l’animisme ou de la religion africaine traditionnelle ?
Le colloque du 5 au 12 avril 1961 à Abidjan (Côte d’Ivoire) a consacré une discussion historique sur l’animisme (le terme qui a été le plus utilisé) ainsi que sur l’ensemble de la terminologie utilisée jusqu’alors pour désigner la Religion Traditionnelle Africaine. Les participants du colloque ont proscrit à l’unanimité le terme « animiste » comme impropre et insidieusement péjoratif pour qualifier l’expérience des Africains. L’expression « Religion Africaine Traditionnelle » ou Religion Africaine a été adoptée. En Afrique, la religion africaine n’existe nulle part, mais elle est partout, dans les consciences, dans les opérations spirituelles ou empiriques, dans les représentations, dans les attitudes, dans les gestes, dans les proverbes, dans les légendes, dans les mythes… Elle est partout, à la campagne comme en ville, dans les procès judiciaires comme les conventions politiques… »[22] 
Les dieux de l’Afrique ne sont pas encore morts. Ils se cachent sous divers déguisements et, sauf erreur, auront encore un mot à dire à l’élaboration de la nouvelle personnalité africaine[23].
L’avenir de l’animisme et de la religion africaine traditionnelle
A la fin du XIXe siècle déjà, Edward Wilmot Blyden[24] a été un témoin attentif des avancées du christianisme et de l’Islam en Afrique de l’Ouest. Ses écrits opposent notamment les tentations matérialistes de l’Europe à la religiosité de l'Afrique.
« L'Afrique peut s'avérer le conservatoire spirituel du monde. De même que dans les époques passées, l'Égypte s'est avéré le bastion du christianisme après la chute de Jérusalem... de même, lorsque les nations civilisées, en conséquence de leur merveilleux développement matériel, verront leur perception des réalités spirituelles émoussées par les séductions d'un matérialisme envahissant, il se peut qu'elles aient recours à l'Afrique pour retrouver quelques-uns des éléments simples de la foi; car il a été promis à cette terre qu'elle tendra les mains vers Dieu ».
Dans la préface du livre Textes sacrés d’Afrique noire[25], Amadou Hampaté Bâ présente comme suit la place des religions traditionnelles
« Essayer de comprendre l’Afrique et l’Africain sans l’apport des religions traditionnelles serait ouvrir une gigantesque armoire vidée de on contenu le plus précieux » ou encore « La religion, en Afrique, ne consiste pas seulement à respecter les dogmes établis pour rendre hommage à un Dieu unique ou à des dieux multiformes. Elle est l’armature de la vie. Elle charpente toutes les actions publiques et privées de l’homme ; ceux qui se disent incroyants, s’ils vivaient en Afrique, verraient leur conviction ébranlée »
En Afrique, l’individualisme n’est pas toléré et l’entraide est la caractéristique essentielle. Les personnes qui sont vulnérables sont traitées avec beaucoup d’attention. La tradition considère l’aide aux personnes vulnérables comme un devoir sacré. Il est un devoir d’assurer à ces personnes : protection, défense et moyens de subsistance. C’est l’une des caractéritiques de l’animisme ou de la religion traditionnelle africaine. L'intégration au groupe est fondamentale. Elle commence dès les rites de naissance, l’éducation et les initiations à divers moments de la vie. Il en est de même lorsqu'il s'agit de guérir un malade ou d'aider l'âme des morts à effectuer le voyage qui doit la conduire auprès de ses ancêtres. Les Africains utilisent parfois l'expression "vivants invisibles" pour désigner les morts, ce qui montre bien qu'il n'y a pas rupture entre la vie et la mort, mais plutôt une certaine continuité.
Un meilleur rapprochement des cultures
L’histoire des religions a souvent été jonchée de querelles, de disputes, voire, des guerres. Si à un moment donné cela pouvait se justifier, il n’en est plus de même aujourd’hui où la compréhension des différentes religions est qu’elles visent toutes le même objectif ou presque, celui de l’accomplissement de l’homme.
De tout temps et en tous lieux, l’homme a toujours eu des difficultés à apprécier l’autre. Dans l'Antiquité classique, le regard porté sur l'Autre est ethnocentrique. Pour les civilisations dominantes, grecque et romaine , les valeurs et institutions dignes d'intérêt ne pouvaient être que grecques ou romaines. L'autre est le barbare, par opposition au civilisé. Il est étrange, mais pas forcément hostile. En Grèce, il a fallu attendre les guerres médiques (conflits qui ont opposés les Grecs à l’Empire perse au cours du 5eme siècle avant JC) pour qu'il soit assimilé à l'ennemi. La notion de barbarie est, ici, surtout culturelle. Un barbare pouvait accéder à la civilisation s'il abandonnait ses propres valeurs au profit de celles des Grecs et des Romains.
Quand, avec l’empire romain finissant, l’Evangile passa aux barbares, les Goths, Wisigoths, Gaulois, etc.., on assista à de nouvelles innovations sémantiques qui portent plus sur la vie que sur la doctrine.[26]
Au XVIe siècle, avec la découverte de nouveaux mondes et la première vague de la colonisation, l'Autre est assimilé à un individu sans âme et ignorant de Dieu.
Le fond commun sur lequel s’accordent les traditions spirituelles de l’Islam et du Bouddhisme est le principe de l’unité absolue, celle dont témoignent les textes révélés des deux traditions, et dont la réalisation , par l’âme individuelle, constitue le but ultime des deux religions. Il est vrai que l’homme ne cherche plus à se découvrir , à maitriser ses passions et instincts, mais à conquérir l’autre, dans une totale incompréhension . Nous avons connu l’esprit de conquête du monde et cette volonté de puissance s’est largement exprimée dans l’histoire de l’Occident, notamment avec les grands courants de colonisation aux XVIIIe et XIXe siècles créant la culture homogénéisée que le monde connait aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’affirmer sans preuve que tous les peuples, à plus forte raison les hommes, ont été, sont et seront unis par l’idéal religieux ou la passion religieuse ; il suffit de constater que la pensée religieuse (d’autres fois simplement le pretexte de la religion) a été à la base d’un grand nombre d’entreprises humaines. Elle offre la possibilité même de créer, de renouveler et de partager des valeurs, le souffle qui accroît la vitalité de l'humanité.

Cérémonie vodoun
Toutes les religions peuvent être d’un apport bénéfique à l’humanité. Elles sont conçues pour donner plus de bonheur aux individus, et pour rendre le monde meilleur, A travers le dialogue, on peut apprendre quelles contributions utiles les religions ont apporté à l’humanité et puiser dans les autres traditions religieuses matière à réflexion. Dans ces conditions, la nécessité de développer des liens plus étroits entre les religions peut enrichir le dialogue. Il devrait servir de remède pour aider à résorber les conflits et la souffrance du monde, au lieu d’être une source de conflit supplémentaire. Nous sommes ici au cœur d’une philosophie d’action fondée sur l’humilité.
Le terme de religion recouvre des réalités bien différentes depuis les religions traditionnelles de l’Antiquité jusqu’aux mouvements chrétiens, de l’islam en passant par l’hindouisme, le bouddhisme, les religions animistes. Le respect de l’Autre est fondamental , il s’agit sans aucun doute du plus grand don de Dieu au monde et à l’humanité.
La condition essentielle du dialogue est l’échange entre les religions. Il peut présenter l’aspect d’une confrontation des êtres, une rencontre de valeurs, de comportements. Un dialogue ne doit pas être un monologue, ni un compromis qui débouche sur l’adoption d’un texte, qui permet de mettre tout le monde d’accord mais plutôt de faire ressortir la spécificité de chaque religion. L’idée, c’est d’aller vers l’autre pour le connaître sans renoncer à sa propre identité. En le connaissant, on peut apprendre à estimer et apprécier l’autre, être aussi amené à vivre la même chose dans un climat apaisé.
la religion pourrait servir à lancer l’humain sur le bon chemin de la spiritualité et de la connaissance de soi. D’ailleurs, c’est l’une des raisons fondamentales de la religion. Mais quand on jette un coup d’œil sur l’histoire des religions, plusieurs structures religieuses ont failli à cette mission noble. La rencontre des cultures est probablement le meilleur moyen de transmettre aux futures générations, la condition de la paix dans le monde.
[1] Jung. Psychologie et religion. Buchet Chastel. Paris. 1960, p 13
[2] Henri Bergson. Deux sources de la morale et de la religion. Editions PUF. 1932 La théorie bergsonienne de la religion trouva son expression adéquate dans Les deux sources de la Morale et de la Religion, ouvrage publié en février 1932. Immédiatement, cette théorie fut étudiée au point de vue confessionnel par des théologiens catholiques, protestants et israélites, et examinée, en dehors de Baruzi. toute perspective dogmatique, par des savants tels que Loisy et Baruzi.
[3] Ernest Renan, né le27 février 1823 à Tréguier (Côtes du Nord) et mort le 2 octobre 1892 à Paris 5°,
[4] Zanga Youssouf Sanogo et Nabé-Vincent Coulibaly. Croyances animistes et développement en Afrique subsaharienne. Éditeur(s) Collège Édouard-Montpetit. Volume 13, numéro 2, printemps 2003
[5] Youssouf Tata Cissé. La confrérie des chasseurs Malinké et Bambara : mythes, rites et récits initiatiques
[6] "Liberté Religieuse et Culturelle Amérindienne: Un Essai d'introduction" . Le projet du pluralisme . Présidente et membres du Harvard College et Diana Eck. 2005.
[7] La grande majorité des écrits concernant les religions traditionnelles africaines (RTA) sont le fait des Européens3. À l'époque des premières découvertes et de l'expansion coloniale, ceux-ci, convaincus de la supériorité des religions abrahamiques, considèrent les cultes autochtones africains comme de l'«idolatrie » ou de la sorcellerie et emploient les termes péjoratifs d'« animisme, de « paganisme », de « fétichisme » ou de « vodoun »
[8]Le médecin allemand Georges Stahl est à l’origine (en 1720) d’une théorie médicale.appelée animisme : pour résumer à l’extrême, il s’agissait d’expliquer que l’âme avait une influence directe sur la santé
[9] Bird-David, Nurit (1999). " " Animisme "RevisitΘ: PersonnalitΘ, Environnement et Epistomologie Relationnelle" . Anthropologie actuelle . 40 (S1): S67 α S68. doi : 10.1086
[10] L’animisme parmi nous : Colloque au musée du Quai Brabnly Paris – 29 et 30.03.2008 – Editions PUF. 2015
[11] E. Tylor. L’animisme est le fondement de la religion, depuis celle des sauvages jusqu’à celle des civilisés. 1911, p 426
[12] Philippe Descola. Par delà nature et culture. Editions Folio. 2005
[13] Philippe Descola. L’animisme est-il une religion ? Entretiens. Propos recueillis par Nicolas Journet. Editions sciences humaines. Grands Dossiers N° 5 - Décembre 2006 - janvier - février 2007
[14] René Dumont - H. Dupriez, Paysans d'Afrique, Paris, L'harmattan et Editions Terres et vie, 1988.
[15] Leslie Sponsel. L’écologie spirituelle. Histoire d’une révolution tranquille. Editions Hozhoni. 2017 ; p 53
[16] De Angeles et al, 2005- Harvey 1997 – Higginbotham et Higginbotham ; 2010, Howard 2009, Pearson 1998, et York 2003
[17] Dominique Zahan. Religion, spiritualité et pensée africaines ; Editions PBP.
[18] Birago Diop. Le souffle des ancêtres (du recueil Leures et Lueurs. Editions Présence Africaine. 1960
[19] Dominik Kohlhagen. Les ancêtres dans la pensée juridique africaine. Mémoire de DEA "études africaines"
Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne sous la direction de Camille KUYU ; juin 2000
[20] Claude Levi-Strauss. La Pensée sa uvage ; Ed. Plon, 1962.
[21] (Cox, 2007: 17; Walls, 2004: 213).
[22] Gérard Buakassa, Impact de la religion africaine sur l’Afrique d’aujourd’hui?: latence et patience, in Colloque du Festival mondial des Arts Négro-africains, Lagos, Janvier 1977. L’auteur y développe les nombreux impacts des religions africaines traditionnelles sur l’existence quotidienne contemporaine des populations africaines.
[23] Bernard Holas. La pensée africaine. Paris, Geuthner, 1971
[24] Edward Wilmot Blyden, né le 3 août 1832 à Saint-Thomas, colonie danoise des Caraïbes, mort le 7 février 1912, était un universitaire et diplomate américano-libérien. Par l'affirmation de la dignité des Noirs et de la nécessité de préserver l'autonomie des institutions africaines contre la colonisation, Blyden est une figure fondatrice du panafricanisme avant la lettre malgré le caractère controversé de son héritage.
[25] Amadou Hampaté Bâ Textes sacrés d’Afrique noire
[26] Orose, un historien et théologien du Ve siècle, a pu écrire, à propos de l'évangélisation des barbares : « Mais qui sait ? Peut-être les barbares n'ont-ils pu pénétrer dans l'empire romain qu'afin que partout, en Orient et en Occident, les églises du Christ fussent être pleines de Huns, de Suèves, de Vandales, de Burgondes et d' autres peuples innombrables de croyants. Ne faudrait-il pas louer alors et célébrer la miséricorde divine, puisque grâce à notre ruine, tant de nations ont eu connaissance de la vérité, avec laquelle elles n'auraient pas été en contact autrement ? (Adversus Paganos, VII,41).
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